Le pouvoir de l’attention

Publié le 29 Avril 2026

« Mais fais attention ! » combien de fois n’avons-nous pas entendu cette injonction nous tirer de notre rêve lorsque nous étions enfant et même plus tard. Nous pensions à autre chose qu’à ce que nous étions en train de faire.

C’est ce qui est arrivé à une amie au pied sérieusement endommagé par une algodystrophie à la suite d’une chute. Au cours d’une promenade avec ses béquilles, elle nous explique, le nez en l’air, que son pied en a vu de toutes les couleurs. « Mais maintenant, dit-elle ça va beaucoup mieux ». À l’instant où elle prononce ces mots, elle tombe et se fait une entorse au pied.

« Entre ce que l’on pense, ce que l’on dit, et ce que l’on fait, il y a souvent disharmonie. » Celle-ci est facteur d’inattention ou de manque de présence à l’instant. De là, viennent tous nos maux.

L’attention est mobilisation de tout l’être. Et elle se travaille. Une fois comprise, exercée et intégrée, elle transforme radicalement la vie. Car elle détient un véritable pouvoir. Ce n’est pas par hasard que l’art de l’attention se trouve au cœur de toutes les grandes traditions. Toutes évoquent cette présence, ce témoin conciliateur qui existe en chacun et permet de réaliser l’unité par le dépassement du dualisme (sujet/objet).  Toutes invitent à l’observation et à la connaissance de soi pour y parvenir. Toutes disent que l’attention est la clé vers un état supérieur de conscience et de présence.

La capacité de la conscience de vivre ici et maintenant, embrasse d’un même coup d’œil le passé, le présent, et le futur. Vivre avec une pleine attention l’instant présent permet de réaliser cette unité du temps, et d’évacuer souvenirs et projections qui ne font qu’alimenter la souffrance et le sentiment de non-existence.

« Pris par le tourbillon des affaires et des occupations, chacun consomme sa vie, toujours anxieux pour ce qui arrivera et ennuyé de ce qu’il a. Qui par contre, dédie chaque instant de son temps à sa croissance, qui dispose chaque jour comme si c’était sa vie entière, n’attend pas avec espoir le lendemain, ni ne le craint ». Sénèque

 

Souffrir ou ne pas souffrir !

Si la pensée vagabonde, le corps lui, vit au présent. Garder un lien entre la tête et le corps, par la sensation de soi-même, permet d’être présent ici et maintenant. Il s’agit d’être conscient de ce qui se passe intérieurement comme extérieurement.

Nous avons l’habitude de nous identifier avec tout ce qui entre en contact avec les organes des sens, ce que nous voyons, entendons, sentons… cela nous en général à réagir ? Réactions qui viennent alimenter le tourbillon incessant de nos pensées mécaniques et associatives.

Si nous gardons une part de notre attention sur nous-mêmes, spécialement sur notre corps détendu et notre silence intérieur, celle-ci s’affine et nous faisons l’expérience d’une autre présence au monde.

Dans cet état de conscience qui est un acte d’attention, je ne regarde plus simplement le monde mais je me vois en train de regarder le monde ; c’est la posture du témoin que le yoga permet d’expérimenter.

Exemple : la souffrance

Lorsque l’on perçoit en soi une attitude négative, au même instant émerge un choix : celui de ne plus souffrir. C’est là qu’intervient le pouvoir de l’attention. En évitant le commentaire intérieur sur ce qui est, (commentaire qui nous ferait basculer dans le passé ou le futur), nous pouvons percevoir dans l’instant les liens qui nous unissent à l’objet de la souffrance. Et ainsi nous en détacher par la seule force de l’attention. Il ne suffit pas de le dire, encore faut-il le faire.

Un entraînement régulier, nous permettra de vivre avec une attention accrue tous les phénomènes qui viennent à la conscience. L’objectif est d’intégrer ce mode à tous les moments de la vie quotidienne. En travaillant sur l’attention, la conscience et la perception vous appréhenderez le monde et vous-même d’une façon différente : sans jugements, à priori et dualismes.

Vous constaterez que vous êtes plus concentrés et mieux appliqués tout en restant centrés sur l’essentiel.  Tous les moments de la journée deviendront des occasions de s’entrainer. Bientôt la saveur sera là et plus rien ne semblera inutile, du brossage des dents aux tâches ménagères, aux transports en commun… A condition de conjuguer l’effort avec un certain lâcher prise, un certain relâchement afin de ne pas créer de nouvelles tensions mentales.

Exemple : Trois techniques clés

1. Garder la sensation du corps détendu : dans cette détente, percevrez- vous simultanément aux trois niveaux fondamentaux de la conscience : physique, affectif et intellectuel.

2. S’observer corps et esprit : observez tous les phénomènes qui apparaissent à votre conscience, (intérieurs et extérieurs) afin d’en saisir directement les mécanismes à la source de leur apparition.  (La conscience et alors tournée simultanément vers soi et vers son environnement avec la plus grande ouverture possible). Le lien entre la tête et le corps est gardé en permanence par la sensation de soi-même.  Observer ses sensations revient à observer aussi ses pensées et ses émotions.

3. Pratiquer le nouveau regard : il s’agit de pratiquer la non-identification aux impressions reçues par notre système sensoriel. (En d’autres termes l’absence de jugements et d’a priori quant à ce qui est perçu afin que les choses se révèlent telles qu’elles sont en réalité). Exemple, quand un phénomène apparaît et que le mental se dit « ça doit être… ou ça signifie que …, posez-vous la question « qui juge ? », ou « qui commente ? », sans chercher à y répondre. Le moi qui juge, est alors mis à distance pendant quelques secondes. Cela permet de revenir à ce nouveau regard qui se contente de percevoir.

A lire : « le pouvoir de l’attention » de Pierre Bonnasse (Ed Médicis)

Extrait d’un article d’Isabelle Clerc - SANTE YOGA – n° 95 Mai 2009

Proposé par Dominique Bart

Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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