Que devient la personne avec le vieillissement ?

Publié le 13 Août 2025

 

LES CARNETS DU YOGA 

 N° 394 – Février 2021

Dr Pierre Guillet

Actuellement, en France, l’espérance de vie augmente d'un trimestre par an. On constate surtout que nous vivons plus longtemps en bonne santé. Cette qualité de vie dépend pour une grande part de nos comportements. Mais notre corps est en évolution permanente, il est plastique c'est-à-dire modifiable. Notre esprit garde des capacités d'adaptation, notre mémoire s'use surtout si on ne s'en sert plus.

Les vieux sont des gens comme les autres

La gérontologie c'est la science du vieillissement. Dès lors comment ne penser qu'aux vieux, et seulement qu'à ceux qui présentent un grand nombre d'incapacités, lorsqu'il est question de réfléchir à la meilleure façon de bien vieillir, c'est-à-dire de bien vivre, dans un secteur géographique.

La totalité de notre réflexion, sur la prévention, l'amélioration de l'habitat, la création de liens de voisinage, l'analyse des aides et des soins éventuels à mesure qu'apparaissent les dépendances nouvelles, concerne les individus de tous les âges. Par exemple avoir besoin d'une aide pour faire son ménage ou sa toilette n'a rien à voir avec l'âge, mais avec tel ou tel déficit facile à identifier.

Nous sommes tous vieux quel que soit notre âge, chaque jour plus que d'autres et moins que certains.  Dans la société, du plus jeune au plus vieux, chacun apporte quelque chose aux autres.

A ne parler que du grand âge pour aborder les problèmes posés avec les dépendances, c'est faire croire que seule la vieillesse est source de maladies et de difficultés, c'est amorcer une ségrégation en fonction de l'âge qui ne fait que s'accentuer avec la création de tous les moyens d'aides gérontologiques.

L'idée de vieillesse dépendante se nourrit de toutes ces habitudes de pensée. Le vieux sait bien qu'il est vieux, mais c'est en le regardant différent et pitoyable ou simplement fragile, que l'on construit cette image anormale de la vieillesse.

C'est pourquoi dans un secteur de vie, l'action gérontologique ne doit pas être confondue avec l'action gériatrique, seulement préoccupée par les vieux et leurs problèmes de santé. Une action cohérente se doit d'associer trois fonctions simultanées : La Prévention, l'Aide adaptée à la personne dès l'apparition d'une crise, l'Assistance coordonnée dans les situations de grande fragilité.

 

Que devient la personne avec le vieillissement ?

Un cerisier fait chaque année des fleurs et des fruits. Quel que soit l'âge, les fleurs sont aussi belles à chaque printemps et ensuite les fruits aussi savoureux. Il semble en aller tout autrement pour les humains. Ils ont beaucoup de mal à sentir en eux des richesses en croissance. Avec l'âge ils pensent que toutes leurs capacités déclinent. Dès la mise en retraite, la société ne leur demande plus rien. Beaucoup d'entre eux sont même persuadés que le grand âge va les conduire à la dépendance physique et la perte de leurs capacités intellectuelles.

Avec la généralisation de la retraite à la fin des années quarante, la vie sociale s'est trouvée découpée en trois parties : l’’enfance avec les apprentissages, la vie de travail puis la retraite. La notion d'un parcours de vie, fait de croissance puis de déclin, incite à croire que la dernière partie de la vie a moins de valeur puisque non productive.

Mon métier de médecin et d'observateur du grand âge me permet de dire qu'il en va tout autrement à condition d'être informé sur les risques et les richesses du passage de la vie active à la retraite.

 

Recréer des liens sociaux

Toute la vie nous échangeons des paroles et faisons des projets avec les autres. La parole des autres nous est indispensable car l'être humain est un être social. De nombreux retraités de la nouvelle génération inventent une gestion de leur temps. Riches de leur histoire, de leur expérience, de leurs capacités encore intactes et de l'assurance d'un revenu régulier, ils sont peut-être les pionniers d'une nouvelle société.

Réunis en associations, ils inventent des rôles sociaux : apprentissage artisanal, aide à la création d'entreprise, conseil en gestion, alphabétisation ou aide à l'école, partout naissent de nouvelles initiatives. Quels que soient l'âge et l'expérience, on peut s'inscrire dans des projets de retraite solidaire pour éviter une retraite solitaire.

L'important pour chaque personne est de reconstruire un espace social perdu à la fin du temps de travail, espace intermédiaire indispensable entre celui de la maison et celui de la Cité.

 

Se lancer dans de nouveaux apprentissages

Il faudrait s'offrir à la fin d'une vie de travail une sorte d'année sabbatique pour faire le point. Un certain temps est nécessaire pour faire le deuil du personnage d'avant, s'éloigner des collègues de travail et des soucis liés à l'emploi. On peut alors découvrir un autre monde et s'ouvrir à d'autres activités qui peuvent nécessiter un apprentissage.

Apprendre quelque chose qu'on ignorait la veille, utiliser l'habileté de ses doigts, stimuler sa mémoire, son sens de l’observation, c'est toujours possible quel que soit notre âge. A l'inverse, cesser d'apprendre c'est perdre des capacités.

La vie humaine c'est comme rouler sur une bicyclette, si on s'arrête de pédaler on tombe.

 

 

Proposé par Catherine Cuney et Annie Bianchi

 

 

 

Rédigé par UCY

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