" L'espace du cœur "
Publié le 26 Août 2026
LE « CŒUR »
Lieu de l'expérience spirituelle dans la mystique Hindoue
L'universalité de « la voie du cœur »
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En Inde, comme partout, il est le siège de la sensibilité et, dans la mesure où le mystique possède souvent une personnalité extrêmement émotive, le cœur cristallise des souffrances et des joies intenses.
Ramakrishna, lors de la mort de son disciple bien-aimé, dit : « J'ai senti une atroce douleur de la perte d'Aksay, comme si quelqu'un tordait mon cœur comme un linge mouillé. J'en étais surpris, mais je compris que la Mère divine m'enseignant, me donnait une leçon ».
Cette universalité aboutit à une conséquence essentielle : la bhakti n'exige aucune qualification particulière et, si la Bhagavad-Gîtâ l'appelle la « voie facile », ce n'est pas qu'elle n'exige d'effort, c'est que tous peuvent y accéder. On ne demande pas d'ailleurs au dévot de réprimer ou de transcender les manifestations naturelles de la sensibilité, il a toute liberté pour les laisser s'écouler...
La problématique du désir
L'énergie du cœur se caractérise par une « tension vers... », « Une aspiration à s'attacher à... » Les différentes facultés, si elles poursuivent l'exploration d'objets extérieurs et l'obtention de satisfactions naturelles, forment un « nœud » au niveau du cœur. L'expérience mystique provoque au contraire un dénouement en réorientant le désir vers Dieu. « Lorsqu'ils sont tous rejetés, les désirs qu'il portait en son cœur, alors le mortel devient immortel, dès ici-bas, il jouit de Brahman ».
La nécessité d'une purification, d'une clarification du cœur – qui constituait déjà le souci des poètes védiques – implique pour la plupart des sages une vie renoncée, condition nécessaire quoique non suffisante d'un véritable détachement.
Même dans la bhakti, où le désir de Dieu torture et ravit tour à tour, sans trêve, le cœur du dévot, ce désir n'est jamais confondu avec un désir naturel. Nârada l'affirme abruptement : « La bhakti ne peut être utilisée pour satisfaire aucun désir, car elle est elle-même le frein de tous les désirs ».
Le cœur doit donc devenir l'objet d'une transmutation, d'un « retournement » afin d'assumer pleinement sa nature paradoxale : être à la fois le plus humain en l'homme, et le siège du divin, paradoxe extrême. Cette impensable cohabitation de l'humain et du divin fondera toute la symbolique de l'union des polarités et du passage d'un monde à l'autre par l'espace cœur. Mais alors faut-il préciser que les facultés humaines sont transcendées ? « Il ne s'agit point ici du cœur sensible ou affectif, mais de celui qui, au plus intime de nous-mêmes, échappe à toute forme de pensée ou de sentiment, point central qui connaît et qui sent à la fois, et que les Soufis définissent comme lieu de coïncidence de l'être et de la connaissance ».
La Sadhana : une voie du cœur
Dans l'hindouisme, le thème du « Cœur » est traité plus particulièrement dans les Upanishad qui sont révérées selon la tradition à la fois comme la plus haute « révélation (struti) et comme la « fin suprême » des Veda (vedânta) auxquels elles succèdent. Elles ne sont pas seulement un développement philosophique et théologique de la pensée védique, mais les instructions pratiques pour une expérience et une découverte spirituelles.
La Sâdhana, qui littéralement veut dire : ce qui mène directement au but, est un terme qui signifie toujours un effort spirituel, un exercice spirituel. Elle permet de mener l'être humain à son identité radicale et fondamentale, au-delà des termes et des catégories mentales, philosophiques et religieuses. Elle a pour seul but d'éveiller le Cœur endormi, ce Cœur qui est enfermé derrière d'épaisses murailles édifiées par l'esprit, le mental et le corps. En fait on ne peut rien faire directement pour l'éveiller. Le seul effort que l'on puisse faire est d'arrêter les constructions continuelles de l'esprit, du mental et du corps.
Une première aide de la Sâdhana est une création du silence, non pas le silence extérieur, mais le silence intérieur, celui du corps, du mental, un silence où il n'y a absolument rien, le vide total. D'autres aides sont proposées, sous forme de méditations et exercices spirituels qui se fondent sur l'observation ou sur la concentration.
Notre réalité humaine n'est pas uniquement constituée de constructions du corps et du mental. Il y a en nous des racines et des germes très profonds d'un passé mal vécu ou accepté qui non seulement, ronge notre présent, mais détériore notre avenir par l'anxiété et la peur.
Le parfait silence exige que ce trouble caché soit apaisé et guéri. Même si l'on ne réalise pas le silence parfait, les moments de profond silence éveillent en nous le Cœur.
REVUE FRANCAISE DE YOGA N° 5 - 1992 " L'espace du cœur "
Proposé par Monique Guillin
disponible à la bibliothèque
Amiyoga "le cœur - centre" Article en complément du N° 95 de janvier 2015
Revue Française de Yoga n°5
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