Quels sont les principes éducatifs dans votre tradition spirituelle ?

Publié le 9 Avril 2014

SOURCES n° 25 

janvier/Février/Mars 2014 

Au sommaire de ce numéro, un dossier sur le thème de l’Éducation :

Swamini Umananda, animatrice de la Chinmaya Mission, donne un panorama de l’approche éducative dans l’Inde traditionnelle, dont la perspective est toujours spirituelle.

Pierre-Yves Albrecht, philosophe, ethnologue et thérapeute, appelé à prendre en charge des toxicomanes, a décelé chez eux une « perte de sens » dont il découvrira que la thérapeutique de fond relève de l'initiation, aujourd’hui oubliée en Occident, et dont il a restauré les pratiques. Une initiation qu’il propose de faire vivre à tous les enfants.

Quels sont les principes éducatifs dans votre tradition spirituelle ?

Question posée à : Cheikh Bentounès  maître soufi, pour l’islam ; Dipamrita Chaitanya, directrice du centre Amma, pour l’hindouisme ; Corinne Lanoir, doyenne de la Faculté de théologie protestante de Paris ; Dominique Trotignon, directeur de l’Institut d’études bouddhiques.

Grand connaisseur du monde védique, Satya Narayan Das, directeur spirituel d’un ashram en Inde, présente le système du gurukula, un mode d’éducation fondé sur le lien étroit entre l’élève et son maître.

L’école « Les Fleurs du Vivant » existe depuis deux ans. Alain Chevillat, son initiateur, explique ce qui a inspiré cette forme pédagogique originale, qui, à la différence du modèle dominant, entend allier savoir-être et savoir-faire.

Joshin Sensei, maître zen, Fabienne Verdier, artiste peintre qui a longuement étudié en Chine, Partap Chauhan, médecin ayurvédique, et Marc Bonelli, enseignant d’arts martiaux, relatent la relation qu’ils ont entretenue en Orient avec leurs maîtres respectifs.

Antonella Verdiani, à l’origine du Printemps de l’éducation, mouvement qui travaille à rassembler les acteurs de l’éducation innovante, répond à nos questions... avec un texte de Philippe Nicolas, professeur des écoles, qui formule sa « petite philo de l’école ».

Reportage à Brockwood Park School, en Grande-Bretagne, l’internat international fondé par Krishnamurti, où la quête de ses propres talents et la recherche d’un mode de vie juste priment sur la course aux diplômes.

Reportage à Schola Nova, une école belge qui place les humanités gréco-latines au cœur de son projet pédagogique, comme un outil d’accès privilégié à la culture européenne.

André Stern n’est jamais allé à l’école et n’a pas non plus reçu d’enseignement formel à la maison. Sa non-scolarisation, explique-t-il, n’a pas produit un jeune sauvage illettré, végétatif et isolé, mais un enfant heureux, passionné par des intérêts personnels multiples. 

Apprentissage en Orient 

 

La véritable transmission se fait de cœur à cœur,   le disciple étant dans une ouverture et une confiance totale, un abandon profond de sa volonté propre. C'est héroïque. Le Maître le sait et travaillera, dans un premier temps, à ce que l'élève se purifie, avant de transmettre. L'élève le sait et acceptera les conditions que lui fait son maître, quelles qu'elles soient, comme épreuves préliminaires. Il manifestera et approfondira alors son engagement, la vérité de son désir d'apprendre, sa détermination et sa qualité d'écoute.

 

Le véritable apprentissage n'est pas une affaire intellectuelle. C'est beaucoup plus subtil.  C'est l'être du Maître qui passe, comme par osmose, chez le disciple, d'où les épreuves préparatoires qui précèdent cette opération alchimique, et les conditions précises et rigoureuses qui encadrent la transmission. Voici l'un des quatre récits :

« C'est tout ce que tu as fait, et tu veux partir !... »

partap-chauhan-copie-1.jpgPartap Chauhan, est un spécialiste de l'ayurvéda, la médecine traditionnelle indienne plurimillénaire. Il dirige à New Delhi, le Centre  Jiva Ayurvéda, qu'il a fondé, à la fois clinique, centre de consultation et de formation. S'il a obtenu son diplôme de médecine ayurvédique à l'université, comme cela se pratique en Inde de nos jours, il a ensuite suivi un apprentissage traditionnel auprès d'un guru de l'ayurvéda, dans une relation classique de maître à disciple, où, à l'authenticité du guru répondent la dévotion et le dévouement du disciple à son égard. Il témoigne ici de ses rapports avec son maître, et de la façon subtile et holistique dont celui-ci, l'ayant distingué, lui a transmis ses connaissances, après une longue mise à l'épreuve.

J'ai donc commencé à travailler pour lui. L’endroit était comme un ashram. J'y travaillais dix à douze heures par jour, et cela tous les jours. Le travail ne concernait pas nécessairement l'ayurvéda. Cela consistait aussi à faire la cuisine, réparer des machines, faire les courses, nettoyer les locaux, superviser une construction, et même prendre soin des vaches. J'avais l'impression d'être un employé à tout faire plutôt qu'un médecin. D'autres étudiants, souhaitant être disciples, se sont découragés.

Pour ma part, je n'ai jamais eu de difficulté à remplir les tâches qu'il me demandait. Je m'étais complètement abandonné à lui. Au contraire, j'appréciais tous les types de travail qu'il me donnait.  J'ai travaillé très dur pendant six mois. Le soir, je me disais qu'avec tout ce que j'avais accompli pendant la journée, il allait être content, mais, lorsque j'allais lui demander si je pouvais partir, il me regardait et me répondait : « C'est tout ce que tu as fait, et tu veux partir !... »

Parfois, quand il avait beaucoup de clients autour de lui, il me présentait en tant que médecin ayurvédique et me posait des questions très difficiles auxquelles je ne pouvais pas répondre. C'était vraiment humiliant. Je savais qu'alors il voulait écraser mon égo, tester ma dévotion dans l'apprentissage et tester aussi ma patience. Un jour, alors que je quittais la clinique, il me dit : « Demain sera le jour de ton initiation (diksha) ». Je devais le rencontrer au temple, le lendemain matin, à jeun. Il m'a alors officiellement accepté comme disciple et m'a offert un mantra.

Ont alors commencé des apprentissages pratiques et théoriques très difficiles. Le style d'enseignement de mon guru devint de plus en plus sévère. Il me donnait beaucoup de travail sans jamais me remercier ou me féliciter, il ne voulait pas flatter mon égo, mais souhaitait que je reste humble et modeste. Au terme de cet enseignement, alors que je débutais avec Jiva Ayurvéda, j'ai appris par quelques-uns de ses collègues, qu'il disait que j'avais été un bon disciple.

Il y a dix ans, mon guru a quitté ce monde. Je le vénère encore tous les jours, et je me rappelle les dures mais magnifiques années passées à ses côtés.

 Pour en savoir plus :

Disponible à la bibliothèque de l'UCY : Revue  Sources n°25

Le Dr Partap Chauhan animera des formations en Ayurvéda à Terre du Ciel :

du 22/06 au 27/06 au domaine de Chardenou

du 24/08 au 30/08 à Pierre Chatel

 

  Présenté par Monique Guillin

 


Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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