Le Silence du vivant

Publié le 16 Avril 2014

 

Sources

n° 24 - Octobre / novembre / décembre 2013

 

Par Silvia Ostertag

 

Maitre zen, Silvia Ostertag examine ici les richesses du silence, comme ses conditions. Un silence auquel nous aspirons, parfois confusément, mais que la plupart ont bien du mal à obtenir. L’exercice du silence est en effet le chemin pour parvenir à soi-même, en faisant l’expérience du maintenant.

L’auteur passe en revue les accès possibles au silence, à commencer par l’expérience du silence extérieur que l’on a pu avoir, et dont le souvenir reste prégnant. Un silence auquel on peut aussi revenir volontairement, à tout instant, en soi-même.

Celui-ci, vécu, à un pouvoir transformateur, susceptible, progressivement, de nous mettre à l’écoute d’une autre réalité, de nous relier à notre être essentiel. C’est ainsi que l’exercice du silence est appelé à devenir une pratique, qui s’intègre à notre personnalité entière, et aux modalités de laquelle, en se fondant sur sa propre expérience, l’auteur nous introduit.

 

Se souvenir du silence

La  plupart des femmes et des hommes – et vraisemblablement toutes les femmes et tous les hommes, bien qu’on ne puisse le vérifier – connaissent l’expérience du silence.

Si vous prenez le temps de vous souvenir, alors vous saurez que vous avez fait cette expérience du silence ; vous vous en souviendrez comme de quelque chose de particulier, quelque chose de bon, quelque peu difficile à décrire.

Si vous vous donnez le temps... pour vous souvenir. Il ne faut pas beaucoup de temps pour cela. Il suffit de rester un moment silencieux, maintenant par exemple, sans rien chercher ni vouloir, se laisser être silencieux, ouvert, afin que, dans cet état de silence, le souvenir du silence puisse émerger. Alors en général, on s’en souvient.


   Ce peut être le moment où, après des heures de marteau-piqueur, soudain le travail s’arrête. Comme si une grande vague de calme se déposait à l’endroit même qui juste avant était assourdissant, et qu’elle enveloppait peu à peu la ville toute entière en pénétrant, en même temps, dans toutes les cellules du corps.

   Ou bien, il se peut que l’on se rappelle un silence entre deux sons que l’on a perçu on ne sait quand, pour la première fois, dans une œuvre musicale que l’on avait déjà souvent entendue. D’un seul coup ce silence était là, là où, jusqu’alors, il n’y avait qu’une pause.

   Ce peut-être le souvenir d’un moment de silence dans une conversation. Un instant dans lequel tout était dit, même l’indicible.

   Ce peut-être le souvenir d’une vieille église dans laquelle on s’est assis un jour, seul dans la pénombre et où le silence nous a fait oublier où l’on était assis.

   Il se peut que cela soit le souvenir d’une promenade en forêt, et comment, de temps en temps, on est resté debout, immobile, à l’écoute. Le léger murmure du vent dans les arbres. Le petit bruissement dans un buisson. Le craquement d’une branche. Bruit d’oiseau. On se tait et l’on tend l’oreille. Parfois, il n’y a rien à entendre.

   Pas de bruit. « Pas de bruit », il n’y a ni extérieur ni intérieur. Bien que rien ne bouge, bien qu’il n’y ait rien à entendre, tout est là.

  Si pour un instant on retient son souffle devant le silence sonore, cela respire quand même. Le silence du souffle respire. Comme les arbres et le vent. Comme moi.

  Silence Vivant. Là… là, un nouveau bruissement. Et pourtant, rien n’est interrompu. Un cri d’oiseau – comme s’il appartenait au silence.

  Pour un instant l’on sait que rien ne peut déranger ce silence. Et, lorsque nous marchons à nouveau, nos propres pas semblent pour un instant faire tout à fait partie du silence.          

  Comme si les pas n’étaient rien d’autre que le silence. Portant, à un certain moment, on a pensé à ceci ou à cela, on est sorti de la forêt et l’on a aussi oublié le silence. On l’a simplement oublié, et l’on ne sait pas comment c’est arrivé.

  Tout est à nouveau ordinaire. Oui, il y avait là quelque chose d’extraordinaire. Dans le souvenir, c’est à nouveau là ; juste là. Bien que l’on ne soit plus en forêt.

  De nouveau là, le silence. Sans la forêt. Sans bruissement. Sans rien. Aussitôt que l’on se souvient du silence, le silence est là.

  Et le silence est là, aussitôt que l’on écoute le silence.

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Pur silence

  Alors, tout ce qui est, fait partie de ce silence,

que ce soit un son, un sentiment qui s’élève, ou une pensée,

jusqu’à ce que cet état diminue à nouveau,

peut-être après une seconde ou après un plus long temps ;

jusqu’à ce qu’il revienne – peut être après quelques minutes ou après des semaines -

et re-diminue et revienne encore,

et progressivement laisse une trace de plus en plus claire,

ainsi, dans le quotidien, l’on est toujours appelé à nouveau

et de manière inattendue à ce goût du silence ;

l’on s’étonne alors que les situations, les thèmes connus

et les problèmes se montrent peu à peu sous un autre jour,

comme si une invincible bienveillance commençait à poindre en eux.


Proposé par Dominique Bart

 

Pour aller plus loin :

Ce texte est l’introduction du livre de Silvia Ostertag : « Silence vivant. Esprit et pratique » publié en 2008 éditions Jouvence.

De Sylvia Ostertag « Eveil et quotidien. Expériences d’un maître zen » Editions Accarias-L’Originel – 2013.

 

 


Rédigé par UCY

Publié dans #Environnement-écologie

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