Yoga et Théâtre

Publié le 16 Décembre 2011

« LES CARNETS DU YOGA »

n° 299 / septembre 2011

 Présenté par Catherine Cuney

 Interview : Cinq questions à Bernard AVRON (p. 5 à  p.10)

Auteur et homme de théâtre, Bernard AVRON anime depuis de nombreuses années des stages pour les professeurs de yoga et pour lebavron.jpgs formateurs des Ecoles françaises de yoga.

Voici un extrait de ses réponses aux questions de Jean Pierre Laffez :

 Le yoga pour moi,c'est  :

- un art, l’art de savoir mettre un point d’interrogation après chaque certitude. « En avant doute ».  Avec le droit de répondre : « Je ne sais pas ».

- une science, et qui plus est une science humaine, très humaine.

- un jeu, mais un jeu sans enjeu, où il est impossible de tricher, en tout cas difficile de se mentir à soi-même.

- un langage, pour communiquer par les mots, le corps et l’esprit. Un langage à apprendre ou réapprendre pour passer de sa langue maternelle à une langue universelle.

- une boîte à outils, des outils qui peuvent transformer le monde.

- une écoute, particulièrement l’écoute intérieure. La pratique du silence. Et comment faire taire les bruits de la vie quotidienne. Une écoute musicale, une harmonie, un accord qu’on aimerait parfait.

- un artisanat, pour devenir soi-même un artisan de sa vie comme « un compagnon du devoir ». Un tour de mains autour d’humains.

- un voyage, mais qui serait un voyage d’exploration, un voyage initiatique, une rencontre avec les matières : l’eau, la terre, l’air et le vide, et j’oserais dire la matière humaine.

- un sport, en tout cas une pratique pour garder en forme toutes les articulations.

 Le cours de yoga, c'est  :

-    L’étude, c’est l’exercice, c’est faire ses gammes. Il est d’ailleurs possible de devenir, comme on le dit pour un musicien, un excellent "soliste".

-   Passer dans la vie quotidienne, c’est s’intégrer dans un ensemble "orchestre" c’est adapter, c’est transposer, c’est apprendre à jouer avec les autres.

-    Un chemin vers la sagesse, comme un devoir de vacances vers l’enfance.

 

Où se situe la rencontre entre vos activités « professionnelles», le Théâtre  et le Yoga ?

-    C’est tout d’abord dans la " pratique", et dans l’ "exercice" qui se nomment sur une scène de théâtre les  "répétitions". La dentelle du quotidien. L’artisanat du tapis.

-    C’est aussi dans le travail de la mise en scène, la capacité de choisir, c’est-à-dire la conscience : conscience de l’acteur, conscience du texte, conscience de la scène, conscience du partenaire.

-     Autant de travaux qui conduisent, inexorablement, à la mise en scène de soi-même, à l’éveil de sa conscience.

-     Et puis, il faut expirer pour parler. « Voilà qu’à chaque mot je dois un peu mourir… » (Racine).

-     La respiration, comme au théâtre, est souvent "mise en examen" et va s’élargir : faire respirer l’espace, faire respirer le personnage…

        Enfin, dans la conscience de la transmission, en l’occurrence du passage au public   des mots et des émotions, il est important d’enseigner en protégeant l’espace de liberté du spectateur, comme un professeur de yoga protège la liberté de penser de son élève.

    Un jour, Jouvet, le metteur en scène, dit  à la comédienne :

« Tu joues un personnage désespéré, fais-moi une proposition ».

   La comédienne, douée, entre en scène et fond en larmes. Jouvet lui dit :

« Bravo » et ajoute : « Mais tu sais ce que se dit le public à cet instant ? Il se dit : qu’est-ce qu’elle pleure bien la comédienne. Maintenant, en tant que metteur en scène, j’aimerais que, dans le même état de désespoir, tu te demandes si tu vas pleurer ou non. »

   Elle le fait et…bien. Jouvet ajoute :

« Qu’est-ce que se dit le public, à cet instant précis ? Il se demande si tu vas pleurer ou si tu ne vas pas pleurer. Dans un cas, le public voit ta virtuosité, et dans l’autre, il entre dans l’histoire, dans ton histoire ».

    - Ainsi, je pense que nous pouvons, dans nos échanges, décider de laisser à « l’autre » une place émotionnelle, son espace de liberté en quelque sorte.

Il ne s’agit alors plus d’être un virtuose mais d’imaginer l’histoire commune qui nous relie.

Quand il s’agit de jouer longtemps un spectacle (ce qui peut nous arriver), apprendre à faire de la centième une première n’est pas très éloigné du travail sur « Ici et maintenant », cet exercice des plus audacieux, si cher "aux yogis", qui vous oblige à faire de chaque respiration une « première réussie ».


 « L’audace de la joie », est le thème des prochaines Assises Nationales du Yoga qui auront lieu à Reims en mai 2012. Vous y animerez un atelier. Comment concevrez-vous un atelier sur un tel thème ?

 Comme dans un travail théâtral, nous chercherons à « concrétiser » cette émotion particulière qu’est la joie : dans la marche, dans la voix, dans un geste, dans un dialogue, dans une rencontre, dans un chœur. C’est l’Identification.

 Nous pourrons aussi envisager « la joie » comme un personnage : quel serait son costume et comment entrer dans ce costume, quel serait son langage, ses mots, ses expressions, sa façon d’être. C’est la Transposition.

 Et comment se comporterait ce personnage s’il devait rencontrer d’autres personnages comme monsieur ou madame « l’indifférence », monsieur ou madame « le mépris » ou encore « la tristesse ». C’est la Mise en Vie du personnage.

 En conclusion, découvrir quelles seront les ressemblances « ou les différences » entre ce personnage et la personne que nous sommes. Sans oublier qu’avant d’enchanter les autres, il faut, comme dit Platon, « apprendre à s’enchanter soi-même ».

 

Le champ du yoga est très vaste. Le plus important est « l’acte juste ». Avez-vous des souhaits pour nos lecteurs ?

 Ne pas être juste un lecteur mais un « lecteur juste », qui sait

que la parole appartient pour moitié à celui qui la dit,

pour moitié à celui qui l’écoute (ou la lit).

 

 

Bernard Avron,   Auteur, acteur, metteur en scène

 

Il a reçu :

  • Le prix du Carrefour de l'humour (Lyon - 1988)
  • Le grand prix du Festival de théâtre en entreprises (1992)
  • Le prix spécial du jury et le prix du public au Festival international de théâtre
    en entreprises (1998)

Il est l'auteur de :

  • Le Pin sur les planches
    Editions Actes Sud

    Jeux d'enfances
    Editions Espace des Deux Ormes

    La Comédia del vegetale
    Editions Pepac

    En avant doute
     
    Editions Pepac

 

 

http://www.pepac.fr/ba-pepac.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

Repost 0
Commenter cet article