Regard intérieur, Visualisation, Concentration

Publié le 12 Mars 2014

LES CARNETS DU YOGA


 Numéro 323 – Janvier 2014


Pour le sens commun, la conscience est associée au cerveau et à la fonction mentale. Cependant si le cerveau recueille et traite les informations sensorielles, la conscience peut se situer partout dans l’organisme. C’est le rôle du « regard intérieur » de porter l’attention et de l’y maintenir dans une zone quelconque du corps, opérant ainsi une concentration de la pensée.

Rémy CHALOIN – (Enseignant en Yoga de l’Energie selon Roger Clerc)


 

Le terme de concentration, relatif à la pratique du yoga, réclame quelques éclaircissements.

« La concentration mentale est toujours une tapasiâ (un effort) et elle entraîne  inévitablement une tension. La tension de la concentration mentale ne disparaît que lorsqu’on est tout entier hors du mental cérébral. » Sri Aurobindo (Lettres III)

Plutôt que de dire concentration, il conviendrait mieux d’évoquer le fait de porter son attention, comme l’on porte son regard sur un objet qui occupe alors tout le champ de vision, et tout le champ de la conscience si l’on est très attentif.

Dans le domaine de l’intériorité qui échappe aux dimensions dite sensibles (relative aux sens) on parlera de visualisation, c’est-à-dire rendre accessible à la conscience un lieu ou objet qui ne l’est pas … La pensée pure crée  « un champ » un espace privilégié, dans lequel elle chemine. L’un existant par l’autre, comme le couple Shiva-Shakti, Conscience-Energie.  

Carl Gustave Jung parle « de la capacité de créer une image nette et précise dans le champ de conscience et de l’y maintenir sans dérive de la pensée. » (Psychologie et alchimie)

Aucune activité humaine ne peut être entreprise sans un certain taux de concentration, sans une certaine vigilance. Même les tâches répétitives réclament un minimum d’attention. Les automatismes endorment la vigilance et conduisent souvent à l’accident.

La pratique du yoga se situe à l’opposé de tout automatisme, recherchant au contraire un accroissement, un élargissement du champ de la conscience.

Il s’agit d’une transformation lente de notre nature ordinaire, le yoga n’étant pas un but en soi, mais le moyen de cette transformation.


Souvent il est établi une comparaison avec la démarche alchimique : « la transformation du plomb vil en or pur » ; il s’agit ici du corps physique et de l’esprit imparfait, qu’il convient de transmuter dans l’or subtil de la Connaissance d’une autre réalité. La concentration en yoga est capacité de fixer son esprit sur un élément stable et intérieur de l’être, par exemple la respiration.

Dans la pratique nous observerons différentes phases pour améliorer la qualité de cette concentration et la capacité corollaire à maintenir son attention.

 

La présence à soi-même

Par la conscience de l’attitude physique, non seulement dans la séance, mais également dans les actes de la vie courante.

Dans la pratique, la station debout samasthiti ou tâdâsana, offre une gamme très riche, pour faire apparaître au niveau de la conscience, toutes les caractéristiques de notre attitude corporelle dont nous sommes particulièrement inconscients. Il est recommandé de mettre en œuvre la détente de toutes les parties du corps qui n’interviennent pas directement dans la tenue de la posture. Pour qui sait observer, il y a là matière à d’étonnant progrès.

 

L’attention soutenue au niveau de la sensation 

 Chaque posture retentit sur tout le corps et particulièrement sur la respiration. On possède ainsi un élément remarquable pour mobiliser l’attention sur les modifications respiratoires. Cette observation intervient dans l’amélioration du schéma corporel. La localisation respiratoire en trois zones : abdominale, thoracique et sous-claviculaire apparait comme un élément fondamental pour guider la pensée dans l’espace intérieur ; de même la sensation due au flux de l’air dans les narines. Toutes ces observations vont, au fil du temps, modifier notre comportement.

 

Le rythme respiratoire.

Le rythme respiratoire est le rapport des  différentes phases du souffle entre elles. 

Pour les débutants prendre conscience de son rythme propre en incitant à allonger progressivement la durée de l’expiration.

Puis porter son attention sur les quatre temps de la respiration consciente, en se rapprochant du rythme : 3.2.5.2 (Puruka, inspiration : 3 – Khumbakhâ, rétention poumons pleins : 2 – Rechaka, expiration : 5 – Khumbakhâ, rétention poumons vides : 2.)

Maintenir un rythme respiratoire donné, sans aucune gêne durant un certain temps, demande autant d’entraînement que de vigilance.

 

Coordination geste, respiration.

C’est un élément de la pratique du Yoga de l’Energie qui mobilise l’attention sur la qualité du geste, du mouvement, en synchronisation avec le souffle. A un geste harmonieux correspond une respiration de même nature. Ce principe de gestes conscients vise à un recentrage de la personnalité.

 

Les ambiances internes.

Observer sa propre ambiance interne offre parfois des difficultés. Dans notre société baignant dans l’audiovisuel, 80% des informations sont perçues par l’œil. Or c’est le regard intérieur, comme véhicule de la conscience, qui va explorer l’ambiance de diverses parties du corps et y fixer l’attention.


Le regard intérieur.

Le support du regard intérieur est la « pensée pure », c’est-à-dire la fonction pensée sans image, ou la localisation abstraite d’un espace intérieur. La pensée se nourrit de mémoires, si l’attention n’est pas suffisamment vigilante, cette pensée risque de déraper sur l’enchainement des mémoires.

L'importance du "Regard Intérieur" en yoga de l’énergie est attesté par l’axiome :

 

 

« Où va le regard, va la pensée ; où va la pensée va l’énergie. »

Le regard intérieur de son fait, nécessite la mobilisation de la composante subtile des sens, suivant un dosage précis, guidé par la volonté, dans une attitude de vigilance sans tension.

 

Trâtak, Tatraka, Ekâgratâ

 Trâtak : fixer d’un regard immobile, l’esprit calme et concentré, un objet très menu (Hatha-Yoga Pradîpikâ II.31)

Tatraka : porter l’attention sur une surface ou un espace intérieur

Ekâgratâ : Si l’on resserre le faisceau d’observation sur une surface de plus en plus étroite, jusqu’à un point, on obtient l’ékâgratâ soit « la fixation du mental sur un seul objet » (Yoga Sutra III-12)


« DHARANA » ?

« La faculté de maintenir l’attention parfaite dans une ère limitée de la conscience », nécessite une attitude et climat psychologique particulier. C’est aussi une attitude d’esprit qui réclame une ascèse, le fait de s’exercer, assortie de conditions de vie et d’environnement.

Dans une pratique plus modeste, il s’agit de :

 

 

« Réaliser un état de stabilité du mental en vue d’opérer autant sur le corps physique que sur les enveloppes énergétique et mentale, ceci afin de progresser dans la connaissance du yoga qui n’est pas un but mais un moyen ».


 

Présenté par Catherine Poulain Bourdichon


 

Bibliographie :Pour une ascèse efficace et éclairée : Trente leçons sur la Concentration, Roger Clerc.  Editions Cariscript Paris.

 

 

 

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

Repost 0
Commenter cet article