AmiYoga : "Postures et état de conscience"

Publié le 30 Mars 2011

En écho au dossier sur "la Posture" paru dans l'Amiyoga de Janvier 2011

 et suite à la lecture d'un livre de notre bibliothèque écrit par Ysé Tardan-Masquelier « Le YOGA », je propose un extrait qui développe les 3 types de postures principaux.

(éditions Plon/Mame 1995 - Extrait page 166 à 173)  

 Amicalement.
Catherine CUNEY

 

"Chaque type de posture a une finalité précise, qui induit une certaine tonalité psychique que l’on désire éclairer ou développer ; pour cela, une écoute fine de ses sensations et une pratique régulière suffisent.

 

Voici 3 exemples de la diversité des effets obtenus.

 

La posture couchée : état d’incubation

    Etre allongé  sur le sol comme un cadavre étendu sur le dos. C’est shavasâna, qui dissipe la fatigue et apporte à l’esprit le repos.

Le nom même signifie « âsana de celui qui meurt », et il est vrai que là où on enterrait les morts en Inde, ou pour les conduire au bûcher, on les allongeait sur le dos, colonne vertébrale bien droite et paumes tournées vers le ciel. Pourquoi avoir appelé ainsi une position qui ressemble, tout simplement, à une attitude de relaxation ?

 Pour comprendre, il faut observer la manière dont on l’utilise dans une séance : elle sert de détente initiale, pour passer de la vie professionnelle, sociale, extériorisée, à une disposition introspective ; ou bien elle rythme la succession des âsanas, ménageant des transitions entre des types différents de postures, permettant d’enregistrer les sensations et modifications induites par le travail accompli. Shavasâna est donc la position du changement d’état, ou de passage : ici se fait le lien avec la dimension symbolique que révèle son nom. Car, pour l’Indien habitué à la conception de la réincarnation, la mort est un passage, un état de latence entre deux existences. De même, shavasâna crée les conditions d’abandon ou du non-faire, nécessaires à la transformation ; « temps mort » entre deux actions, il permet d’« incuber » une nouvelle disposition d’esprit.

 

L’homme debout : un médiateur

   La statique verticale suppose un équilibre extrêmement subtil et un travail de perfectionnement.

Obtenue, à l’état spontané, grâce à une série de compensations plus ou moins réussies, où s’inscrit l’histoire du sujet et de ses adaptations, elle demeure souvent imparfaite, source de douleurs dorsales et de fatigue. On demande donc au professeur de yoga d’améliorer cette situation et ce dernier proposera alors des postures qui enseignent à se tenir debout, en établissant correctement les circulations d’énergie au niveau subtil.

 

 En effet, pour le yoga, l’homme vertical se situe dans une attitude médiatrice entre ce que représentent les pôles terrestre et céleste : « La position de l’homme entre le ciel et la terre correspond à celle de l’âme entre l’esprit et la nature », dit Karlfried Dürckheim, un maître occidental (auteur de « Le Hara », éd. «Le courrier du Livre, 1974 - disponible à la bibliothèque de l'UCY.)

Canal entre des vecteurs d’orientations contraires, l’homme vertical doit en faire des forces complémentaires, prenant conscience, en lui-même, de leurs orientations pour les unifier en son centre. Il devient un microcoSme mobile autour de son axe, la colonne vertébrale, correspondant au Mont Meru, la montagne cosmique. Dès les Upanishads, il est considéré comme le lieu où se rencontrent les « souffles » de sens opposés, précisément dans la région du cœur, dans la « caverne » où brûle la « lampe de l’âtman ». Et la respiration consciente témoignera de sa recherche d’unification des dualités, représentées par l’inspir et l’expir.

 

La posture assise : vers la méditation

   Que représente la conquête d’une posture immobile qui, idéalement, peut être tenue indéfiniment sans fatigue, afin de permettre une concentration exclusive sur les phénomènes internes ou un état de disponibilité totale qu’on appelle généralement méditation ?

 L'assise apparaît, elle aussi, comme un sommet dans le cheminement proposé par le yoga, et pourtant de quelles difficultés n’est-elle pas le prix ! Car peu nombreux sont ceux qui, en toute honnêteté, peuvent affirmer y rester sans tension et dans l’aisance.

 

D’emblée, ces deux aboutissements majeurs que sont la posture verticale et la posture assise se distinguent par leurs buts. La première tend vers l’action, le mouvement, la relation avec l’autre – objet, personne, monde environnant. La seconde est préposée à l’instauration d’un état durable, où le mouvement – celui du souffle et de la pensée -, s’il est bien réel, n’en demeure pas moins presque imperceptible à l’œil extérieur.

 

Nous avons assez de textes anciens pour savoir que lorsque les théoriciens du yoga parlent de la posture, ils évoquent toute posture en général, mais plus particulièrement la posture assise et ses multiples variations. Nous savons aussi que la racine sanskrite âs, qui évoque la notion d’être, et sur laquelle se forme âsana, a donné dans les langues indo-européennes les mots qui désignent le fait de s’as-seoir, de trouver son as-siette. Ainsi, l’âsana par excellence est-elle celle où l’individu se constitue un socle suffisamment stable pour y demeurer.

 

Lorsque Patanjali, dans ses Yogas-sûtras, déclare que la posture doit être sthira-sukha, « ferme sans rigidité », il énonce une règle générale. Mais on voit bien dans d’autres textes plus explicites que cette « règle d’or » trouve son champ d’application le meilleur dans « l’assise juste et sans fatigue ». La Dhyânabindu Upanishad donne, sur tous les autres, la prééminence aux postures assises. (…) On peut se demander la raison précise de cette prééminence. En réalité, elle est inscrite, si l’on y réfléchit bien, dans la visée même du yoga classique.

Sur le plan « technique », Patanjali distingue en effet trois étapes : l’assimilation des postures, la régulation de l’énergie à travers la respiration, le rassemblement ou renouvellement des organes des sens vers l’intérieur. Or, on s’aperçoit que cette progression conduit véritablement vers la posture assise, qui est le lieu, externe ou interne, où s’effectuera le mieux ce travail de subtilité, de finesse et de disponibilité croissantes.

 

Sans aborder le problème de la définition de l’état (des états) de méditation, précisons au moins qu’on ne médite généralement pas couché ou debout. On ne médite bien qu’assis, et le zen – dont le nom même vient d’une déformation de dhyâna, « méditation » - dépouille au maximum le yoga en ne conservant presque que la posture, l’assise, za-zen.

 

 

Proposé par Catherine Cuney

 

Rédigé par UCY

Publié dans #Activités UCY, #BIBLIOTHÈQUE-UCY, #YOGA

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