Place au silence - zazen à l'école

Publié le 29 Janvier 2014

Sources

n° 24 - Octobre - Novembre - Décembre

 

par Dinajara Doju Freire

 

Nonne bouddhiste dans la tradition zen, Dinajara Doju Freire a mené au cours de ces dernières années une expérience pédagogique originale. Son projet d'ouverture au silence pour des enfants de tous âges, dans le contexte scolaire, a été mis en œuvre avec succès, en Italie, entre 2003 et 2010, année où l'expérience a dû s'interrompre faute de crédits gouvernementaux.

  Les rencontres "Place au silence" ont touché environ 3000 enfants des écoles primaires, leurs parents, ainsi que plusieurs centaines d'enseignants. Elles visaient à faciliter chez les élèves le calme, la connexion avec eux-mêmes comme avec les autres, et à développer ainsi leurs capacités à être plus à l'écoute, plus ouverts et plus "présents".

  Pour goûter à la voie du silence, considérer comme étant une nécessité humaine, l'auteur propose des séances de méditation assise ou de marche méditative, dont la durée est adaptée à chaque classe - comme autant de semence de silence.

 

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L'expérience du silence, du fait même de s'asseoir, est le cœur de la pratique des moines zen.

  L'antique tradition du zen remonte à plus de 2500 ans, avec l'expérience du Bouddha - l'Eveillé, celui qui demeure dans un état de réalisation complète -, et a été transmise par celui-ci à l'un de ses innombrables disciples, Mahakashiapa. Depuis les moines zen conservent et transmettent cette posture du corps, cette pratique du silence. A partir d'elle, l'aptitude qui se manifeste spontanément s'étend à la vie quotidienne, aux actions, aux gestes, aux pensées et aux paroles.


  Le silence n'appartient à personne, ni à une tradition ni à une religion, mais il est l'expression naturelle du Cosmos, une forme universelle, transversale, présente partout dans la nature. Les minéraux le connaissent, de même que les végétaux, les animaux, les êtres humains de toutes cultures.

Si l'on comprend ceci, on peut aborder la pratique du silence avec un moine zen, par exemple, sans cependant se sentir obligé de faire le même choix spirituel que lui.


  " Le zen est zazen ", se plaisent à nous répéter les maîtres de cette tradition, et s'asseoir en zazen ne signifie rien d'autre que s'asseoir tout simplement ici et maintenant, et offrir un espace.


  Le silence" de zazen

  En nous asseyant, immobiles, dans une posture du corps correcte, suffisamment longtemps pour qu'ait lieu cette expérience d'un contact plus profond, notre respiration se calme ; et, avec elle, notre esprit. Dans la quiétude corps-esprit-respiration, voici que, de façon naturelle et spontanée, surgit l'attention sereine qui observe et participe, ouverte à la non-séparation des phénomènes dont nous faisons partie intégrante...

  Le silence de la parole, des gestes ou du corps, le ralentissement de l'incessant bavardage mental, l'apaisement de la respiration, la lucidité sereine de l'attention qui manifeste ainsi une authentique concentration privée de tensions, nous font alors comprendre que ce n'est pas nous qui faisons silence, mais que c'est lui qui est toujours présent, et qu'il apparait clairement, quand on cesse de faire, quand nous apaisons ce compulsif besoin volontariste que nous traînons derrière nous.

 

Place au silence, zazen dans les écoles

  Avec amour, et dans la joie du partage d'une expérience, sans contraintes ni attentes particulières, sont nées des rencontres pendant lesquelles professeurs et élèves se sont livrés à l'écoute de notre besoin humain du silence.  Dans les salles de classes, ne serait-ce que quelques minutes, et petit à petit, se fait jour un intérêt pour cette expérience. Enfants et adolescents ou adultes, se rendent par eux-mêmes compte de l'importance de laisser un espace à une pratique où, tous ensemble, ils s'harmonisent avec le silence.


"Tout seul, on se rend compte de l'importance "d'être ensemble" dans le silence, qui est là, partout, mais que nous ne laissons pas se manifester."


"S'asseoir en silence, c'est tout ;

observer le silence, c'est tout ;

nourrir le silence, c'est tout."


  Le projet est né dans le Piémont, dans la région de Cuneo, le projet analyse en profondeur "l'écoute" en tant que faculté humaine majeure. Les professeurs ont ainsi invité la nonne à intervenir avec eux directement dans les classes, à l'occasion de trois rencontres d'une heure et demie chacune au cours desquelles chaque groupe a pu pratiquer zazen, kin hin (la marche en silence), et se poser trois questions :

- qu'est-ce que le silence ?

- à quoi sert-il ?

- où le trouvons-nous ?

Plusieurs dizaines de professeurs participent à cette initiative et d'ores et déjà plusieurs centaines d'élèves d'âges variés bénéficient de moments pendant lesquels, au sein de leur quotidien, ils pratiquent zazen, la posture du silence.


La priorité, c'est d'amener le milieu scolaire à découvrir  que ce n'est pas nous qui "faisons" le silence, mais que le silence existe, tout simplement, et se manifeste justement quand nous cessons de "faire", car c'est un espace vaste et libre que nous pouvons laisser se manifester en nous et à travers nous.


  Le projet "Place au Silence" se développe en toute simplicité, afin de favoriser un moyen éducatif de plus en plus ouvert et capable d'aider les gens, les enseignants et les élèves de tous âges, quel que soit leur niveau scolaire, à entrer de façon harmonieuse en contact avec leur espace intérieur, avec cette dimension réelle et profonde qui nous permet d'être en accord les uns avec les autres, ainsi qu'avec notre environnement le plus proche. C'est dans le silence, sis en chaque être et en tout lieu, que cette possibilité se manifeste de façon naturelle.

Par conséquent, au-delà des paroles et des idées, il s'agit simplement de donner un espace à zazen, en restant tout simplement assis, et le laissant prendre place, et spontanément diffuser son influence bénéfique.


  La réponse positive qui en dérive est impressionnante, et les effets bénéfiques en sont immédiats. Le fait d'arriver simplement à s'apaiser en est le premier résultat : de cette tranquillité naît une meilleure qualité d'attention (toujours très dispersée chez les enfants) et d'ouverture aux autres.

Il est très touchant de voir avec quelle profondeur enfants et professeurs accueillent cette expérience, et qu'elle suscite une grande occasion de réflexion : la rencontre avec le silence de zazen et les observations qui en dérivent, est un excellent moyen d'éducation à la tolérance, un chemin vers la chaleur d'un espace intérieur réceptif, car libre, rendant possible le contact avec la profondeur qui nous habite.


  Ainsi, de façon simple et naturelle même dans les écoles, sans conflit entre religiosité et laïcité, zazen est une bonne occasion pour moines ou nonnes de collaborer avec d'autres instances, et d'offrir un service, par amour, et pour le bénéfice de tous les êtres, afin de rendre possible une "éducation" réciproque.

 

Proposé par Dominique Bart

 

 

Pour aller plus loin :

http://www.abzen.eu/fr/vie-de-la-sangha/30-place-au-silence


Disponible à la Bibliothèque UCY :

- " Vrai zen pour chat " Christian Gaudin et Roland Yuno Rech

- «  Calme et Attentif comme une grenouille : la méditation pour les enfants...avec leurs parents » Eline Slen

 

 



 

 

 


 


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Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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