Peut-on éviter la souffrance grâce au savoir ? Qu’en dit Patanjali ?

Publié le 23 Août 2012

 

« LES CARNETS DU YOGA »

 n° 303 / janvier 2012

 

 D’après un article de  Françoise Mazet 

Textuellement : lesYoga Sûtra de Patanjali, p. 12 et  p.13

 YS.9. « Porté par sa propre essence, l’attachement à la vie est enraciné, même chez l’érudit »

 La réponse est claire, lapidaire, évidente. Comment le savoir, basé sur la mémoire, attaché à la dualité mentale, pourrait-il nous libérer de cette souffrance qui prend ses racines précisément dans le passé ?

Comment pourrait-il nous libérer de la souffrance, intolérable, d’être mortel ? Si intolérable que nous vivons comme si nous étions immortels, en accumulant les possessions.

Le savoir fait partie de ce processus d’acquisition généré par ce désir que créent les « gunas ». Le savoir, c’est acquérir. La liberté, c’est lâcher. Alors, comment éliminer les « kleshas », sources de la souffrance ?

 

YS.10. « Quand ces causes de douleur sont légères, elles doivent (ou peuvent) être éliminées en les prenant à contre-courant. »

 Pratipasava, à contre-courant, c’est le processus de retournement de la conscience vers une claire vision de la réalité. Mais comment faire pour retourner une souffrance comme un gant et la transformer en quelque chose de paisible ?

Considérons une contrariété, base de la souffrance. Elle est souvent d’autant plus forte qu’on n’arrive pas à voir ce qui est en cause exactement. On trouve des explications mais comme elles sont mentales, elles ne correspondent pas à la réalité. Le mental entraîne toujours sur des chemins de traverse et le malaise ne lâche pas.

Il faut un miroir qui nous permette de voir, au sens où l’entendait Krishnamurti : percevoir, comprendre instantanément, sans passer par le raisonnement. Dans la relation maître/disciple, le maître joue ce rôle de miroir. Dans les psychothérapies modernes, c’est le thérapeute.

Et quand on commence à avoir un certain entraînement à faire le vide mental afin de laisser monter ce qui est en cause, on peut faire seul ce travail d’éclaircissement. Il faut seulement avoir la volonté ferme (tapah) de rester silencieux, immobile, à l’écoute, dans la pratique de citta vrtti nirodhah.(YS .1) Alors la véritable raison de la contrariété émerge des brumes de la confusion dans lesquelles l’ego la dissimulait pour mieux nous maintenir dans la dépendance de son fonctionnement répétitif. Avec la vision nette de la réalité, cesse la contrariété, comme par enchantement ! Elle ne se transformera pas en souffrance. Ce faisant, on renverse le courant, on réoriente la perception vers ce qui est réel ; on cesse d’être victime, on devient responsable !

 

YS.11. « Les perturbations engendrées par les kleshas doivent (ou peuvent) être éliminées par la méditation. »

 Le contre-courant par rapport à l’attitude mentale habituelle, c’est bien l’état de méditation. Les « kleshas » peuvent être éliminés par la méditation, parce que, dans cet état, les mécanismes de la pensée sont suspendus, et les souffrances engendrées par la pensée elle-même disparaissent. La souffrance est générée par la dualité, et l’état de non-dualité la supprime. Seul l’ego peut faire souffrir. Nous pratiquons pour avoir accès à la vie, au présent.


  Dans les trois sutras suivants, Patanjali nous parle du processus « karmique ».


 YS.12. « L’accumulation du Karma qui a ses racines dans les kleshas est expérimentée au cours des naissances successives, que celles-ci soient visibles ou invisibles. »

 Avec « Ashayah karma », le dépôt latent des actions passées, on aborde la « loi du karma » ou l’accumulation « karmique », si déterminante dans la vision indienne. Elle désigne les conséquences inéluctables des actes accomplis dans les existences, antérieures ou présentes. Nos actes nous suivent. Chaque acte produit un effet qui devient à son tour une cause. Et la qualité des effets dépend de celle des actes. Patanjali nous dira plus loin que les actes des yogis n’engendrent pas de karma parce qu’ils sont en accord avec le réel : ils s’inscrivent dans le courant de la vie en la respectant.

Dans le réservoir du karma, il y a des graines. En renaissant, elles deviennent des plantes. Les « kleshas » en sont les bourgeons. Les fleurs et les fruits sont le résultat de nos actes passés, des expériences mises en mémoire qui déterminent nos réactions présentes. C’est le « samsara » que nous pouvons subir comme un destin préétabli. Nous pouvons aussi choisir de « renverser la vapeur » (pratiprasava) en devenant conscient de la réalité, et donc acteurs de nos vies.

 

 Rédigé par Catherine Cuney

 

 


Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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