Le yoga de l'art : Quiétude et émerveillement

Publié le 17 Avril 2012

Santé Yoga

  N° 119 – Juillet/Aout 2011

 présentée par Monique Guillin

 

C'est la voie de l'harmonie dans la beauté des formes, des couleurs et des rythmes. On cherchera avec rigueur et passion, sous les apparences des chatoiements du monde, une réalité profonde, un absolu. En recueillant pour lui-même et pour autrui la beauté divine présente en toute chose, l'artiste – ou le yogi – poursuivant cette voie, cherchera ainsi à manifester des réalités supérieures.

                                           Par Isabelle Clerc avec Colette Poggi

 

            Un devenir, un mouvement, un cheminement.

 « La beauté qu'ont cherchée tous les âges,

celui qui la perçoit, est affranchi de lui-même » (Goethe).

Il existe mille et une manière de définir le yoga, et l'on ne saurait ramener son infinie richesse à une formule unique. Peut-être peut-on néanmoins souligner le rôle essentiel accordé  à la pratique, à l'expérience, et à ce principe fondamental qui les sous-tend, la conscience : celle liée à la posture et au corps, celle de la respiration et de l'énergie circulant dans le corps, ou encore comme 'simple' « sensation » de conscience.

 Ainsi, quelle que soit la forme choisie, yoga des postures, yoga du son, yoga du rêve ou de la connaissance... chacun se présente avant tout comme une voie de pratique (mârga) qui cherche, par l'accomplissement d'une forme, l' "expérience" d' "être", ou la plénitude atteinte dans l'acte pur d'exister. Autrement dit, ce qui est recherché, plus ou moins confusément, à travers ces diverses voies, est en réalité très simple : c'est l'expérience de la Vie, à l'état pur, sans écran mental, sans attente précise.

 Devenir, l'espace d'un moment, un champ libre où puisse s'exprimer la Vie, le rythme de la vie.

Les vagues du souffle, flux et reflux ; n'être plus que cela, océan d'espace.

Coïncider avec cette profondeur et cette amplitude.

Vibrant de vie, et, simultanément, conscient de cette expérience.

 N'est-ce pas cette expérience sans forme, évoquée dans tous les traités, qui pointe vers le sens profond, universel, du yoga ? C'est elle seule en tous cas qui offre un remède aux maux de l'existence, comme le suggère par exemple ce verset de la Hathayoga pradipika :

 « Le hatha (yoga) est la cellule (matha) où trouvent refuge (samâshraya) les êtres tourmentés par le samsâra (et toutes les formes de souffrance et d'insatisfaction qui en dérivent). » Hathayoga pradipika 1.10.

 La souffrance existentielle, duhkha, est conçue dans la pensée indienne comme un oubli de cette manière d'être... C'est pourquoi l'on conseille au pratiquant de se poser paisiblement(dhyâna) dans le coeur-conscience, afin de se mettre au diapason de la nature véritable des choses, et de capter à la source la vibration universelle (spanda).

 

L'art, un yoga à part entière

 L'art considéré en Inde dans cette perspective, est vécu comme un yoga à part entière. Pour l'artiste ou l'artisan, l'apprentissage comporte une ascèse évidente. De même, pout l'homme au coeur sensible (sahrdaya), celui qui contemple, l'émotion ressentie à travers une oeuvre éveille des résonnances (nâda) dans les profondeurs du corps subtil, et ranime ainsi les vestges inconscients (vâsanaâ) qui s'évacuent d'eux-mêmes.

 Si cette pratique est régulière, il en découle une catharsis, ouvrant sur une voie de transformation intérieure conduisant à la quiétude, ou à la saveur de l'apaisement (shântarasa), dans l'intensité de l'expérience...

 Il existe pour les philosophes de l'art, un autre élément essentiel, l'émerveillement, présent dans la vie quotidienne et considéré comme un ressort subtil du yoga dans la mesure où il amène une suspension naturelle des pensées, et de là, la coïncidence avec le Soi. L'un des plus grands maître du Shivaïsme du Cachemire, Abhinavagupta, en fait l'essence même de la vie intérieure : « La nature véritable de la conscience est Emerveillement, sérénité, félicité suprême. » Et il ajoute : « La félicité de l'Emerveillement n'est autre que la savouration de notre propre essence. »

 

   Le yoga apparaît ainsi comme l'art par excellence de l'harmonie avec la vie, au moyen d'un seul instrument, le corps-souffle-esprit... Dévoilant un espace toujours nouveau, l'art et le yoga ont pour vocation de susciter l'éveil de l'homme à lui-même, en ravivant le goût de l'originel.

    Pour finir, laissons la parole à Maître Eckhart, ce yogin, " maître de vie " qui eut à cœur de rappeler l'importance de la quiétude et de l'émerveillement au fil de la vie quotidienne :

« Si l'on demandait à un arbre pourquoi il porte son fruit,

et s'il était doué de pensée, il dirait : je me renouvelle dans mon fruit

car en me renouvelant, je me rapproche de mon origine,

et être proche de mon origine est délectable ».

 

 

                                                                       Colette Poggi

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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