La Sambhavna Clinic de Bhopal ...

Publié le 13 Avril 2012

Réparer « l'infinie catastrophe »

Les carnets du yoga

N° 305 – mars 2012

Revue présentée par Monique Guillin

 

L'Inde « traditionnelle » nous fascine, mais ô combien vivante est l'Inde contemporaine ! Non seulement parce qu'elle bouge et 

« émerge », mais aussi et surtout, parce qu'elle continue de nous donner des leçons de sagesse et d'humanité. Un exemple parmi d'autres, à la suite d'un voyage à Bhopal en mars 2011...

 

Pascale Brun, Marie-Christine Leccia, Ysé Tardan-Masquelier

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  Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, à Bhopal, la capitale du Madhya Pradesh, un nuage toxique d'un des gaz les plus dangereux de la chimie industrielle s'échappait d'une usine filiale de la multinationale américaine Union Carbide. Cette catastrophe causa plusieurs milliers de morts et plus de 300 000 malades, dont beaucoup, handicapés, vivent toujours dans des conditions déplorables.

A ce drame a succédé le scandale d'une impunité qui a permis aux dirigeants d'Union Carbide d'échapper à la justice indienne et à leurs responsabilités.

 "Elle est bien, au sens propre, in-finie", cette catastrophe, qui continue de faire des maladies chroniques parmi nombre de survivants et des malformations graves parmi leurs descendants, eux qui ne trouveront la paix que lorsque la justice aura abouti à une fin acceptable. Ces gens ne sont pourtant pas abandonnés : les hôpitaux de Bhopal ont mis au point des protocoles médicamenteux, mais ceux-ci sont souvent trop violents pour des organismes terme, est compromis par des politiques de santé qui changent.

 Dominique Lapierre et Satinath SarangiSathinathsarangi1.jpg

 Gâce au succès de l'ouvrage : « Il était minuit moins cinq à Bhopal » (Laffont, 2001), Dominique Lap ierre, peut soutenir le travail d'un grand militant écologiste indien, Satinath Sarangi.

 Né en 1954, 'Sathyu', comme on l'appelle, a fait des études d'ingénieur à l'Université de Bénarès ; il s'implique d'abord dans différents mouvements sociaux et alternatifs... Tout de suite, il s'engage à Bhopal, menant à la fois des études qui paraissent sous forme d'articles et de livres pertinents, et une action engagée, médicale et socio-éducative sur le terrain :

« Je suis arrivé à Bhopal le lendemain du désastre, en décembre 1984...

depuis huit ans, je travaille à la clinique de Sambhavna, qui soigne gratuitement

les rescapés de Bhopal et les victimes de l'eau contaminée des nappes phréatiques,

enfin je mène avec les associations de rescapés, la « campagne pour la justice à Bhopal ».

 Un lieu où se rencontrent la médecine, la science et le yoga

  Sathyu nous explique que Sambhavna signifie « compassion, possibilité, espoir ». En plein coeur de ville, c'est un lieu qui rassemble des médecins ayurvédiques, des chercheurs et des professeurs de yoga. En témoigne le fait que les endroits importants y sont : le jardin de plantes médicinales, les ateliers d'élaboration des remèdes et la salle de soins ayurvédiques, la bibliothèque et le centre de documentation, la salle de yoga.

 Ce qui préside à cette rencontre, c'est la volonté de trouver pour les malades des parcours adaptés à leur état : affaiblis, déprimés, ils ont besoin d'une médecine de soutien, énergétique, globale.

Ici, ils rencontrent des « langages thérapeutiques » qui leur sont familiers, car ils font partie depuis toujours de leur culture. Sathyu dit : « Ici, on allie trois systèmes : la médecine moderne, l'ayurvéda, le yoga ».

 La clinique est auto-suffisante : on y cultive toutes les plantes nécessaires aux remèdes. Sathyu nous fait visiter son jardin avec amour, puis les ateliers où s'opèrent toutes les transformations soit en huile ou en comprimés...

 Le centre emploie cinq médecins à plein temps. L'écoute et le suivi des malades, seuls ou en famille, se conjugue au-delà du soin, à une volonté d'éducation à l'hygiène et à la santé.

 Le yoga est évidemment proposé ici dans une perspective thérapeutique. Certaines séries de postures ont été mises au point comme de véritables protocoles de soins. Des tests sont effectués afin de mesurer l'efficacité des pratiques basées sur les kryas et les pranayamas. L'inhalation des gaz issus de l'explosion de 1984 a en effet produit des asthmes et autres affections respiratoires particulièrement graves. Une soixantaine de personnes dépendantes de médicaments anti-asthme aux effets secondaires ont fait l'objet d'une étude scientifique ; au bout de six mois, certains arrivent à se passer de tout vasodilatateur.

  Un engagement global

 Si le but immédiat est la prise en charge des souffrances d'une population pauvre qui a vécu l'un des plus dévastateurs traumatismes de l'histoire moderne, il s'est, au fil du temps, inscrit dans une dimension plus vaste, qui est à la fois critique et créative.

 Le directeur de Sambhavna a une réflexion globale sur notre modernité. Dans le centre de documentation, il nous montre de nombreux ouvrages de médecins, scientifiques, militants politiques de diverses nationalités qui s'efforcent de trouver des solutions pour sortir de ce qu'il appelle le « cercle des poisons » : pollution – maladies – médicaments – effets secondaires.  A travers le travail écrasant qu'il accomplit ici, il montre qu'une spirale vertueuse peut être substituée à ce cercle infernal, par une conscience lucide, un refus des bénéfices matériels auxquels ne cesse d'aspirer une industrie pharmaceutique vorace, un développement des remèdes traditionnels, une éducation à la santé dès l'enfance par des moyens modestes adaptés aux plus faibles revenus...

 En relation avec beaucoup de travailleurs sociaux de par  le monde, Satinath Sarangi pense les projets 'en réseau' : il dit qu'on commence à considérer Sambhavna comme une expérience pilote, dont l'expertise peut être adaptée à des situations différentes, partout où des populations sont intoxiquées par un système industriel.

 Quand on a passé, ne serait-ce que quelques jours, dans l'une ou l'autre des mégapoles des pays en voie de développement, on comprend immédiatement la nécessité de soutenir, par la parole et par les actes, de tels projets,à la fois magnifiques et fragiles.

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Pour s'associer à cette expérience originale de restauration par le yoga, qui a besoin sur le long terme d'être soutenue, voici les informations :

 

Sambhavna Clinic de Bhopal

 

Vous pouvez effectuer vos dons sur le compte

 

« Crédit Mutuel dons Inde »

 

R.I.B. : 10278/06041/00025746942/31

 

 

 

 

 

Rédigé par UCY

Publié dans #Environnement-écologie

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