l'engagement et le souffle

Publié le 9 Janvier 2012

SOURCES N° 17

"pour une vie reliée"

 

Octobre/novembre/décembre 2011

 

présenté par Dominique Bart

 

d'après une enquête réalisé par Nathalie Calmé

A l'occasion du Forum Terre du Ciel "Bâtir l'avenir : résistances et créations", en juin dernier.

 

Deux personnalités sont intérrogées sur : 'la place de leur engagement citoyen et de l'action sociale' dans une vie axée sur la spiritualité :

 

  •      Le Père Henri Boulad, Chrétien égyptien d'origine syrienne : Mon engagement citoyen et mon action sociale s'enracinent dans ma spiritualité. C'est ma vie intérieure qui nourrit et propulse mon désir de transformation du monde et de l'homme. Une spiritualité qui ne conduirait pas à un engagement ne serait pas authentique.  De même, une action que n'animerait pas  un souffle spirituel perdrait toute finalité.

 

Dans le centre culturel que je dirige à Alexandrie, nous organisons des rencontres entre les musulmans et les chrétiens autour de thèmes comme la citoyenneté, la société civile, la sexualité, l'amour, l'évolution : des sujets qui sont tout simplement humains.  Je cherche par là à unir les gens autour d'une vision commune.

Pendant la révolution égyptienne, mon rôle a été de travailler devant l'écran de mon ordinateur pour tenter de comprendre le sens de ces évènements et d'éclairer ceux qui y participaient. L'actualité me passionne et la Bible n'est pour moi qu'une initiation à une lecture en profondeur de l'actualité telle qu'on su la percevoir les grands inspirés d'autrefois... 

Ma devise "changer le monde" j'y crois et je m'y accroche plus que jamais malgré mes 80 ans ! Beaucoup pensent que la retraite les dédouanes de toutes actions, au contraire c'est l'occasion de donner le meilleur de soi-même...

Ce n'est pas au nom de la religion que je m'adresse aux politiciens, mais au nom de l'homme, mon combat est un combat pour l'homme, l'être sacré par excellence.

 

  •  Marc Raphaël Guedj, grand rabbin et enseignant, il souhaite transmettre la dimension universelle de la sagesse juive. C'est dans un esprit d'ouverture, de tolérance, de compassion  qu'il a créé la Fondation Racines et Sources.

 

Je n'ai pas d'engagement politique ou social particuliers. J'essaie de vivre, de partager, de transmettre ma foi, ma spiritualité dans l'ouverture. Nous avons tous un message à transmettre, une note originale à jouer dans la symphonie du monde, message que j'appelle le "secret de la subjectivité". Et pourtant, lorsque l'on parle d'expérience intérieure, attention à ne pas sombrer dans l'exhibitionnisme spirituel. Il faut qu'il y ait de la pudeur, que l'indice d'extériorité soit le plus petit possible pour que l'intériorité passe...

Mon engagement s'exprime dans cette mise en garde : attention à ne pas sombrer dans une violence qui prendrait racine dans le spirituel. Cette violence s'exprime le plus souvent avec des paroles, des professions de foi ostentatoires. Dans la Bible, il est écrit que "Dieu apparaît dans une voie de fin silence"... Et je crois que ce silence est à cultiver... Le rôle des religieux est de lever l'obstacle identitaire afin que la paix puisse exister....

 

Deux personnalités fortement engagées dans la société s'expriment sur : 'les apports de la dimension spirituelle  et de sa pratique' dans leur vie.

 

  •   Marianne.jpg  Marianne de Boisredon, économiste d'origine belge, mère de six enfants dont deux accueillis - a participé au lancement de la banque de microcrédits au Chili. Elle est conférencière et auteur de "Inventer une économie Yin et Yang " (Presses de la renaissance).

 

Sans la dimension spirituelle, je n'aurai pas pu passer les étapes cruciales de ma vie. Je suis chrétienne catholique, mais quand je parle de spiritualité c'est au sens large. Il y a 24 ans j'ai quitté un travail valorisant pour chercher à m'engager vers les plus pauvres. Que vaut l'économie si elle ne sert que les nantis ?

J'ai vécu un temps sabbatique spirituel, au cours duquel j'ai cherché à rassembler les différentes parties du puzzle de ma vie : l'économiste, l'amour des plus pauvres, la femme que je suis, et l'aventure de foi.  Cette pause a été fondamentale pour m'orienter et découvrir le microcrédit. La vie spirituelle m'a permis et me permet d'unifier ma vie. Elle m'apporte une force nouvelle, une grande joie et une paix.

Par la suite la spiritualité m'a aidée à me déformater, par la rencontre d'autres cultures, d'autres manières de vivre. J'ai reçu les milles visages de Dieu à travers le monde : au Japon le mot "solidaire" m'a le plus marquée, la façon de se serrer les coudes face à l'adversité. Une phrase de madeleine Delbrel que j'ai expérimentée : "si tu vas au bout du monde, tu trouveras des traces de Dieu. C'est un chemin de libération, un chemin de confiance car je me reconnecte avec une source qui n'est pas moi. Le grand apport de la vie spirituelle c'est de prendre conscience que la vie n'est pas mienne, que je ne suis pas seule, qu'il y a quelqu'un qui veut mon bien. Ma responsabilité est de répondre à cet "appel", de l'accepter.

Chaque matin je prends un temps d'écoute, de prière, d'intériorité, un temps d'écriture ou de méditation. C'est un espace que je me donne comme un cadeau. Et dans la journée je suis à chaque fois étonnée que ce temps qui en apparence pourrait être du temps enlevé est un gain de temps, car en agissant je suis plus présente aux personnes et aux choses. Cet espace de respiration intérieure m'est devenu essentiel. Quand je ne le prends pas, je perds ma sérénité. Par mon éducation, j'ai été formée à la rentabilité et la performance, mais la vie spirituelle me fait découvrir une autre attitude qui est l'abandon qui mène à la fécondité.

Je quitte le monde de l'efficacité pour entrer dans une forme de lâcher prise. j'accepte de me laisser guider... Le soir, je prends un temps de relecture de ma journée. Je me demande ce qui a été positif ou négatif dans ma relation avec mes enfants et mon mari, dans mes engagements, dans mon action. Dans mon travail d'écriture et de conférence, je prends également un moment de silence, je m'en remets à l'esprit afin qu'il me guide... Gandhi disait : "la prière est la clef du matin et la clé du soir". Cette phrase m'a fortement marquée. Quand je n'ai pas ce temps personnel, je me sens en apnée, je manque de respiration. Ces temps-là sont précieux. Ils me permettent de goûter la vie avec une saveur intense.

 

  • 2061114113_477feef838.jpg Satish Kumar, moine jaïn pendant son adolescence, compagnon de Vinoba Bhave et héritier de la pensée de gandhi. Pélerin de la non-violence, il parcourra 12000 km à pied, de Moscou à Washington, en passant par Paris et Londres, pour militer contre le nucléaire.

Le Mahatma Gandhi disait que la spiritualité est un chemin de transformation à la fois personnelle et collective. Mes méditations ne se limitent pas à un temps d'assise en silence le matin ou le soir. Quand je jardine, je pratique un jardinage méditatif, quand je cuisine, je fais de la cuisine méditative et lorsque j'enseigne, je donne un enseignement méditatif. Sur le plan personnel, ma spirtitualité consiste à être pleinement présent, dans l'instant, dans chacune de mes actions et sur le plan collectif à me mettre au service de la Terre et de l'humanité, de tout mon coeur et de toute mon âme.

La spiritualité est un processus qui prolonge le flux continu de la vie. Nous ne sommes pas séparés du monde. C'est pourquoi j'ai intitulé mon dernier livre "tu es donc je suis". Vous êtes donc je suis, le monde est donc je suis, la terre, le coucher de soleil, la pluie, les autres, ... donc je suis. Nous sommes tous reliés conectés les uns aux autres. Ce mantra de la non-dualité, de l'unité du monde, You are so I am (Tu es donc je suis) est mon mantra. C'est le plus beau du monde ! Il contient l'essence de ma spiritualité et de mon engagement social.

Au Schumacher college, c'est cette vision holistique de l'harmonie de l'univers que nous enseignons. La science n'est pas séparée de l'art et de la spirituatité.

Ma spiritualité m'apporte aussi une qualité de relation avec mes étudiants. Je suis à la fois leur professeur et leur élève. Krishnamurti disait : "chaque relation est un processus d'éducation mutuelle". Ce sentiment d'être un apprenant m'évite de devenir arrogant, de croire que je suis celui qui sait. je grandis en humilité. Chaque jeune porte en lui un potentiel semblable à celui du Bouddha, Gandhi, Picasso ou Victor Hugo. Ils ont une connaissance intuitive de leur devenir, comme la graine sait comment devenir un arbre. Mon rôle est de les aider à découvrir ce potentiel.


 

 


 


 

 


Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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