L'assise

Publié le 30 Juillet 2011

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Les carnets du yoga

N° 297 – mai 2011

 

Revue présentée par Monique Guillin

 

 

"L'assise stable, c'est La posture.

Toutes les autres sont faites pour que le corps et l'esprit

arrivent à être à l'aise dans l'assise.

Mais l'assise, ce n'est pas uniquement une posture,

cela doit être aussi un état d'être."

 

D'après un article de Anne Laure Ortmans

 

L'assise ce n'est pas seulement asseoir le corps que l'on a, ce n'est peut-être même pas seulement poser ses fesses quelque part. Outre la posture elle-même et la respiration qui y est associée, je me suis attachée à explorer les qualités qui font d'une posture un âsana, en particulier les notions de durabilité, de confort, d'immobilité, de présence, d'engagement et d'acceptation en les liant comme les boules d'un chapelet qu'on égrène.

 

La  présence

 Être là, présent à ce que l'on fait, ne pas laisser ses idées envahir son esprit, se reconnecter sur l'acte juste... Vivre le moment présent passe par la maîtrise de cette fabuleuse source d'énergie psychique qu'est notre attention, notre propre conscience.

Le processus d'engagement total face à la vie que Mihaly Csikszentmihalhyi appelle « expérience optimale ». D'après lui, l'expérience optimale comporte huit caractéristiques majeures 

  1.   la tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi et exige une aptitude particulière
  2.  l'individu se concentre sur ce qu'il fait
  3. la cible visée est claire
  4. l'activité en cours fournit une rétroaction immédiate
  5. l'engagement de l'individu est profond et fait disparaître toute distraction
  6. la personne exerce le contrôle sur ses actions
  7. la préoccupation de soi disparaît, mais, paradoxalement, le sens du soi est renforcé à la suite de l'expérience optimale
  8. la perception de la durée est altérée. »

     Pour lui, la notion de concentration est également primordiale. La personne se concentre sur ce qu'elle fait : « ici et maintenant ». La totale présence à l'instant « présent ».

     L'instant n'est vécu que si l'on est présent. Plus on est présent, plus on savoure la vie et plus elle semble « ralentie ». Le passé et le futur n'ont pas d'existence, le passé n'est déjà plus et le futur pas encore. Pour qu'ils existent, c'est à dire à l'extérieur, il faut les nommer car la parole est créatrice.

     

    Dans les Védas, à l'origine de toute chose, est Vâc : la parole qui permet la manifestation du monde. La réalité est vue comme étant vibratoire. La parole est une puissance créatrice, une énergie qui se densifie pour manifester le monde. Énergie qui circule, qui fait le lien, la trame de toute manifestation.

     Einstein croyait en l'harmonie inhérente à la nature et tout au long de sa vie scientifique, il chercha un fondement unitaire à la physique... Dans la théorie quantique, ces tendances sont exprimées comme des probabilités et sont associées aux quantités mathématiques qui prennent la forme d'ondes. Elle révèle ainsi l'unicité de l'univers. De l'univers et de tout ce qui le compose : le « numineux » est ce qui saisit l'individu, ce qui, venant « d'ailleurs », lui donne le sentiment d'être dépendant à l'égard de « tout autre ». Ce sentiment peut se retrouver dans l'art, la religion, et même dans la recherche scientifique. Celle-ci serait vaine s'il n'y avait pas l'intuition qui donne de nouveaux aperçus et rend créatif.

     

    Ces éclairs ne surviennent pas quand on est assis à son bureau, mais souvent après, lors d'une période de pause, l'intuition prend la relève et peut produire l'aperçu lumineux et soudain qui procure tant de joie. On l'appelle aussi le Pratipaksha.

     

    "Un profond engagement qui relie

    ce que l'on est réellementà ce que l'on fait

    et une acceptation de ce qui est,

    vont nous permettre d'entrer en âsana."

     

    L'engagement et l'acceptation

     « Sache que le Soi est le possesseur du char, et le corps le char ; sache encore que l'intuition est le conducteur, et la pensée le rênes. On dit  que les sens sont les coursiers dont les objets sensibles sont le champ de course. » (Katha Upanishad, III, 3-9)

     

    Cette allégorie illustre parfaitement l'unité indispensable au jeu harmonieux de l'ensemble du mécanisme complexe de l'homme. La totalité de l'être humain est concernée sous tous ses aspects : « émotionnel, cérébral et corporel. L'équilibre intérieur est l'étape indispensable vers l'unification. Le Yoga est ici une discipline unitive qui maintient vers soi, bien liés, tous les éléments qui composent notre être.

     

    « Pour l'ascète qui cherche à escalader les degrés du Yoga,

    l'action est le facteur par excellence »

    (Bhagavad-Gîtâ Gita, VI, 3).

     

    Il y a trois niveaux d'actions. Le premier est lorsque le « Moi » (ou « ça ») agit, l'action n'est que réaction s'inscrivant dans un enchaînement de causes et d'effets. La discipline Yoga aide à passer au deuxième niveau lorsque le « je » agis. L'individu prend en charge sa destinée. Et enfin, l'abandon, le lâcher prise, le renoncement aux fruits mais pas aux effets car il est important de se préoccuper des conséquences de nos actions.

     ...

     L'émotion est un outil formidable qui doit rester « au service de », il ne convient pas de lui laisser prendre le pouvoir. Pour cela, il est nécessaire de l'identifier. Cette prise de conscience est comme une nouvelle naissance, on peut commencer à travailler sur Soi. L'acte est issu d'une décision contrôlée et non plus d'une réaction instinctive. Le Moi psychique est alors « pris en main » par la conscience, il peut exister.

     

    "La joie peut alors s'installer,

    car elle est l'état d'être de celui qui existe."

     

    S'engager à être soi-même

     Cela souligne un aspect du yoga : l'autonomie. On a recours à son propre système. Personne ne peut mieux juger que soi-même de la validité de nos actes mais « il ne faut pas se tromper de destin ». C'est une notion tellement importante que c'est la seule qui est dite deux fois dans la Bhagavad-Gîtâ Gîta (III 35 et XVIII 47).

     

    Reprendre la maîtrise du char est une chose mais on n'est pas maître de tout ce qui est. On ne peut tout contrôler et une vie spirituelle épanouie passe aussi par l'acceptation de ce qui est.

     

    Acceptation n'est pas résignation et là encore, l'intelligence vigilante est nécessaire pour distinguer ce que, devant un événement que nous ressentons comme injuste, nous pouvons ou non essayer de changer... Accepter ce qui est, et en premier son propre corps et ses limites physiques, mais aussi ses limitations intellectuelles...

     

    Même dans l'acquisition de connaissances, il convient de lâcher prise et d'accepter ce qui est sans jugement.

     

     

    Une attitude juste

     Karlfied Durkheim insistait sur le fait que si un exercice particulier régulièrement pratiqué est nécessaire pour avancer sur la Voie, c'est en fait toute l'existence qui doit devenir un exercice.

     

    Vivre au quotidien, « assis » en soi-même car chaque heure de l'existence est importante. Chaque  minute de l'existence est importante.

     

    Mourir, ce n'est pas seulement après notre dernier soupir, c'est aussi ne pas exister, c'est ne pas projeter dans ce monde notre propre lumière intérieure, c'est ne pas agir avec sincérité. Le Yoga joue alors ici pleinement son rôle de discipline unifiante. La racine sanscrite de Dhyâna signifie « agir centré » qui es souvent traduit par « méditation ».

     

    Une attitude assise immobile devient un entraînement pendant lequel s'apprend ou se retrouve l'attitude juste, le respiration juste, la tension juste. Ressentir l'équanimité, ce sentiment d'indifférence à l'égard de toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable, dû à l'apaisement de l'esprit.

     

    L'assise stable, colonne érigée, genoux touchant au sol, gardant une légère lordose lombaire, examinant et éliminant les tensions. C'est LA posture. Toutes les autres sont faites pour que le corps et l'esprit arrivent à être à l'aise dans l'assise.

     

    Doit-on attendre d'être « prêt » pour la tenter ? Est-on jamais prêt ?

     

    Depuis la conception, le corps se développe dans son ensemble. Tous les membres se développent mutuellement et simultanément,, quand tout pousse en même temps, c'est un être humain entier, suffisamment complet pour qu'à tout moment si la posture n'est pas possible, l'attitude d'assise puisse elle être présente.

     

    "L'assise peut être une posture,

    mais je cherche à ce qu'elle devienne un état d'être."

     

     


     

     

    Rédigé par UCY

    Publié dans #Spiritualité-philosophie

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