Kriyâ et méditation par Satyananda

Publié le 11 Août 2010

Les Carnets du Yoga - N° 288

Juin 2010

présentée par Monique Guillin

 


 

Présentation de Swami Satyananda par Patrick Tomatis

 

 

swami-satyanandasaraswati.jpgSwami Satyananda s'est éteint le 5 décembre 2009 à Rikhia Peeth, dans l'état de Jharkhand (Inde). Né en 1923 à Almora (Uttarakhand) aux pieds des Himalayas, il rencontra Swami Sivananda à Rishikesh en 1947 et resta près de lui une douzaine d'années. Il fonda en 1962 l'International Yoga Felloship Movement, et établit la Bihar School of Yoga à Monghyr en 1964. Il fut reconnu comme un expert incontesté du yoga et du tantra. En 1995, il laissera Swami Niranjan continuer son oeuvre.

 

Dans la fin des années 70, Swami Satyananda fut invité plusieurs fois à Zinal (Suisse) pour des conférences et à Chamarande (près de Paris) pour des stages. A chacun de ses déplacements, je me suis trouvé à avoir l'agréable charge de le véhiculer et à être à sa disposition pour le bien-être de son séjour...

 

Ces rencontres et l'intimité, toute relative, qu'elles m'ont permise avec cet homme, m'ont fait découvrir un être de très grande simplicité, toujours joyeux, attentif au bien-être de l'autre, plein de douceur, sans le moindre égoïsme, et cela s'accompagnant toujours d'un regard pétillant d'intelligence.

 

Mais ce qui restera peut-être le plus marquant, c'était cette extrême liberté qui invitait tous ceux qui le côtoyaient à vouloir la vivre pour eux-mêmes.

 


 

Conférence donnée par Swami Satyananda à Zinal en 1977 (extrait)

 

Le kriyâ yoga est une partie du tantra. Le tantra décrit les moyens d'éveiller la conscience spirituelle de l'homme. Cette science a été le fait d'une transmission de guru à disciples. Dans toutes les traditions du monde, il y a eu cette transmission, qui est celle de la tradition du kriyâ yoga.

 

La conscience de l'homme évolue selon une loi de la nature cosmique. La nature de cette évolution est inhérente à chaque être. Cette nature individuelle est celle de toute forme d'existence et il y a, à l'intérieur de chacune de ces formes d'existence, un mouvement invisible qui se perpétue. Toute chose est en mouvement, en évolution, en progrès, à chaque seconde. Toute existence se meut vers son accomplissement et ce mouvement s'appelle l'évolution. Le mot kriyâ représente et symbolise ce mouvement. Le kriyâ est donc inhérent à la moindre forme de la création. Cette évolution est la loi de la nature et se poursuit sur un plan conscient, même si nous ne nous adonnons pas au yoga ou à quelque chose qui y ressemble. Ce mouvement d'évolution prendra pour l'homme des millions d'années, mais il peut être accéléré. Pour accélérer ce processus d'évolution, le tantra a formulé tout un ensemble de règles. Kriyâ signifie donc mouvement cosmique, le but de ce yoga est d'accélérer la vitesse de cette évolution.

 

Qu'est-ce que cette évolution ? Le développement de la shakti, à partir de la matière, en est le premier pas. Depuis des millions d'années qu'il existe sur terre, l'homme s'est développé à partir des entraves de la matière. Il s'est développé considérablement, sinon complètement, en dépassant ses instincts grossiers ; il a pris conscience de son existence par rapport au temps et à l'espace.

 

Durant la période où nous vivions sur le plan de l'instinct, nous pensions et répondions aux incitations des sens ; cela ne veut pas dire que nous soyons complètement écartés de ce plan. Peut-être la moitié de notre existence, ou un peu plus, se situe toujours sur ce plan animal. Nous le faisons parce que nous pensons que ça arrive. Ce mouvement est très naturel chez nous. L'avènement de l'homme est caractérisé par le fait qu'il devient conscient de son existence et qu'il développe une plus grande connaissance et une plus grande maîtrise des faits.

 

Nous n'avons pas seulement à être conscient de notre existence mais également du sens réel de cette existence. Il existe à la question « qui suis-je ? », une réponse. La réelle nature du « je » est une question d'expérience personnelle. Pour arriver à ce point, à cette attitude, où vous reconnaissez la nature réelle de votre être, il faut pratiquer le kriyâ yoga.

 

Ceux qui auront pratiqué les « six kriyâ » du hatha yoga et auront purifié toutes leurs structures physiques, pourront aborder le kriyâ yoga. Il est une combinaison de mudra, de bandha, d'âsana, de prânayama et de conscience. Il vise à éveiller la kundalini logée dans le mûlâdhâra chakra. Quand la purification préalable a été accomplie, quand l'éveil de la kundalini se fait, des signes psychiques sont visibles. Si les nadi ont été purifiés, l'éveil de la kundalini est un grandiose événement divin.

 

La première pratique est viparitâ karanî mudrâ. Dans ce mudrâ, on inverse le courant d'énergie en le faisant passer de manipûra à vishuddha. Il se prend de la même façon que dans le hatha yoga, on y ajoute la conscience du courant d'énergie de la shakti qui part de manipûra, le chakra situé derrière l'ombilic. Et, avec l'aide du prânâyâmâ et grâce à la volonté, ce courant d'énergie est amené à remonter de manipûra jusqu'au chakra vishuddha, situé en arrière de la gorge... Alors a lieu l'interaction du prânâyâmâ et de la volonté...

 

La seconde pratique s'intitulerait : « découverte des chakra ». On essaie de découvrir l'emplacement des chakra dans le corps. Ils se situent à des places bien déterminées...

Il est bon de s'entraîner à les reconnaître, afin de ne pas avoir de problème lors de la méditation. Toute posture assise confortablement peut être utilisée...

Ces chakra ont des « points de résonance »...

Il faut répéter mentalement leur nom et penser au centre auquel il correspond...

Il y a un cycle d'ascension par le passage antérieur et la descente par le passage postérieur.

 

C'est à partir de la troisième pratique que le vrai kriyâ yoga commence...

Le kriyâ yoga n'est pas un système de concentration, c'est un système de mouvement conscient qui doit accélérer le taux de la méditation ; la première règle du kriyâ yoga est de ne pas essayer de se concentrer, mais de faire la pratique avec une conscience totale.

Cette troisième pratique a pour but de conduire les vibrations du son. Il faut faire monter la conscience jusqu'à bindu puis retenir la conscience et le pranâ dans bindu pendant 3 secondes, faire descendre la vibration du son le long de sushumnâ...

 

L'important est de savoir qu'il s'agit d'éveiller les centre psychiques dont on parle dans la kundalini yoga. Il y a 27 pratiques dans le kriyâ yoga, dont 14 importantes...

 

Quand vous êtes capable de tenir en main le mental, vous êtes alors capable de tenir en main n'importe quoi. Finalement, l'aspirant n'entre pas en méditation, il fait l'expérience de la méditation car la méditation est notre état...

 

Dans cet âge où le mental est si agité, le kriyâ yoga devient nécessaire à l'aspirant et lorsque, à la fin de la pratique, l'énergie se repose dans mûlâdhâra, le mental entre subitement dans l'état de samâdhi. Samâdhi n'est pas traduisible par le mot « transe ». Le samâdhi est un équilibre absolu. Il y a des gens qui ont une vision différente du samâdhi. L'état de samâdhi inclut toutes les dimensions de la conscience. La perception de l'intérieur et la perception de l'extérieur doivent être unies. Pendant les pratiques de la méditation, vous transcendez les expériences externes, mais il vous faudra ramener votre mental vers la perception de l'extérieur, pendant le samâdhi, le mental, le soi, la conscience, deviennent homogènes. En kriyâ yoga, la méditation s'achève dans une expérience de la totalité, une expérience de la vie intérieure et de la vie extérieure en même temps. Le soi, l'esprit, la conscience, devient le témoin de tout...

 

Si le yogi sait inverser la position du soleil et de la lune,

il peut faire passer le nectar dans tout son corps.

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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