Krishnamurti, un Guru qui renonce au pouvoir

Publié le 11 Mars 2011

Santé Yoga

N° 113 - janvier 2011

Présenté par Monique Guillin

 

 


d'après un article de Diane Louise Lassonde

 

Selon l'écrivain François Cheng, « l'Occident se satisfait d'un dilettantisme spirituel qui tient plus de la paresse que de la sagesse ».Krishnamurti[1]

Krishnamurti, plus familièrement appelé K, aurait été d'accord avec lui n'ayant eu cesse d'appeler à la rigueur et à la lucidité tout au long de ses enseignements.

« La vérité, disait-il est une contrée

sans chemins »,

 

 Une histoire singulière

La trajectoire de K est indissociable des mouvements religieux et ésotériques du début du XXe siècle. La foi chrétienne avait été ébranlée par Darwin. Ceux qui ont décroché, les scientifiques et les personnes éduquées, sont alors allés chercher dans le spiritisme, l'occultisme et le mysticisme indien la dimension spirituelle dont leur propre religion n'était plus porteuse.

 

K a été découvert et éduqué par la Société théosophique fondée aux USA en 1875... puis en 1882, son siège fut déplacé en Inde en raison d'un climat spirituel plus propice. La Société postulait que l'être humain progressait jusqu'à la perfection, en passant par divers stades où son ego subissait des modifications profondes... C'est dans ce système hautement hiérarchisé qui avait été mis en place pour valider l'avancement spirituel des membres, décrété ou invalidé par les chefs, que K fut introduit par deux personnages ayant pris le flambeau à la mort des fondateurs : Mme Annie Besant et C.W. Leadbeater, son bras droit qui s'était taillé une réputation d'écrivain, d'orateur et de médium...

 

K choisi comme nouveau Maître

 

Le père de K, petit fonctionnaire indien des Finances, veuf incapable de s'occuper de ses enfants, était membre de la Société théosophique. K et son frère Nitya furent rencontré sur une plage par C.W. Leadbeater qui, immédiatement, vit en Krishnamurti le nouveau Maître attendu. Bien que son apparence soit plutôt négligée, qu'il semblât sous alimenté, il vit en lui « un esprit vide de tout ego ». Il le choisit pour devenir le futur leader de la Société théosophique. Incontestablement personnalité atypique dans ce milieu, K s'est laissé faire sans grande conviction. Il disait de lui-même qu'il était peu intelligent. Il n'a pas fait d'études et a vécu dans le luxe, belles maisons, palaces de l'époque, sans y attacher d'importance... Il dormait beaucoup et passa une bonne partie de sa vie à être malade, ne lisait pas, se contentant de garder l'esprit vacant et rêveur. Certains se sont même demandé d'où lui venait son enseignement.

 

Les deux tournants


En 1929, à 34 ans, après dix-huit ans de formation à la Société théosophique K décida de rompre avec l'Ordre et de poursuivre son enseignement en solo. Durant les décennies qui suivront, il voyagera dans le monde entier pour enseigner la liberté et l'affranchissement de toutes les formes de conditionnement : la religion, la nation, la race, la caste, le sexe. Dans son nouveau rôle, il attira de nouveaux donateurs, plus intéressants encore sur le plan social et intellectuel, qui mirent leur fortune à la disposition de son enseignement.

Auparavant en août 1922, il avait vécu une expérience clé qui avait marqué un tournant dans sa vie, celui d'un état physique et psychique très douloureux, déstabilisant, qu'il qualifie simplement de « processus » là ou d'autres voient une sorte d'initiation mystique. Cet état se manifestera à plusieurs reprises au cours de sa vie. Il y eut des querelles à ce propos, certains soutenant que c'était une montée subite de kundalini, d'autres une expérience médiumnique voire chamanique... A un auditeur qui lui demandait

« quand devrait-on faire des expériences psychiques ? », K répondit : « jamais ».

 

Le primat de la liberté

 

Son vœu le plus cher était d'éveiller dans les cœurs et les esprits de chacun le désir de chercher sa propre vérité. En 1973, K disait :

« mon esprit a rejeté toute croyance car celle-ci est basée sur la peur

et, par conséquent sur l'illusion ».

Personnellement il n'avait aucune croyance, pas même en la réincarnation ni en l'évolution de la personne. Il observait ce qui était là, dans l'instant. Il refusait toute explication et toute théorie autour de la Vérité pour dire tout simplement :

« le verre dans lequel vous buvez n'a aucune importance

dans la mesure où il étanche votre soif ».

K combattait avec énergie tous les systèmes idéologiques et les idées apparentées car, selon lui, elles appartenaient toutes à des systèmes de réponses et de réactions qui empêchent d'être libre. Il disait qu'il faut oublier le passé pour renaître chaque jour.

Il faut chercher la vérité dans le miroir de la relation aux autres, par la compréhension du contenu de son propre esprit, à travers l'attention et non l'analyse intellectuelle et introspective. Garder l'esprit vacant ! La liberté est observation sans direction, sans peur et sans récompense.

 

Eduquer

 

Le sens de son action, K la voit dans l'éducation. Il voulait éduquer l'homme en devenir. Il pensait qu'en donnant une certaine orientation à l'éducation des tout petits il était possible d'élargir leur vision du monde et de les amener à se libérer des cadres dans lesquels leur société tend à les enfermer. Il existe de nombreux parallèles entre les approches pédagogiques de différents Maîtres, depuis Socrate, Aurobindo, jusqu'à K. Tous mettent l'accent sur la connaissance de soi comme préalable pour se changer, et, incidemment, changer le monde...

 

K et le yoga

 

L'attitude de K vis-à-vis du yoga fut ambivalente : dans ses enseignements, il moquait les yogi et en privé il pratiquait pour lui-même. Il accorda beaucoup d'importance aux Yama et Niyama, le contrôle des sens et la pratique des vertus. Au soir de sa vie, il pratiquait quotidiennement le Hatha-yoga ayant introduit le Pranayama plus tôt dans son mode de vie. Il dénonça la méditation transcendantale importée d'Asie en Occident.

Pour K, la méditation était : faire des découvertes sur soi en restant en silence, sans donner de but ni d'orientation à sa conscience.

« Dans le fait d'être sans bouger il y a création, non pas une activité créative quelconque mais le sentiment lui-même de la création ».

 

Le legs de K aujourd'hui

 

Une communauté d'esprit sans structure est ce qui survit de l'enseignement de K. Ayant publiquement refusé d'être un guru et d'avoir des disciples, le legs de K est difficilement appropriable comme telle semblait sa volonté. Il fonda sept écoles, cinq en Inde, une en Angleterre et une en Californie... La pérennité de l'enseignement de K tient aussi du fait que ses adeptes, loin d'être des hippies, étaient souvent des personnalités connues de leur temps comme B. Shaw (écrivain), A. Bourdelle (sculpteur), P. Casals (musicien), Mrs Gandhi... et le Dalaï Lama.

K voyait son enseignement comme un miroir mis devant ses auditeurs et dans lequel ils peuvent se voir extérieurement et intérieurement et s'ils n'aiment pas ce qu'ils voient, y puiser le désir de changer. Il ne cherchait aucunement à réconforter son audience, il cherchait au contraire à faire prendre conscience de l'état déplorable du monde dont chaque individu est personnellement responsable par ses choix et par ses actes.

A quelqu'un qui lui demandait de définir son enseignement il dit :

« c'est une manière de partager plutôt que de dire ce que l'autre

devrait faire ».



 

A lire de Krishnamurti : « Se libérer du connu », « La révolution intérieure » aux éditions Stock

 

Voir aussi dans notre Bibliothèque : Lettres aux écoles, Les années de l'éveil, Le vol de l'aigle, Dernier journal, La révolution du silence.

 

 

 


Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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