Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron

Publié le 16 Août 2011

 

 

Les carnets du yoga

N° 297 – mai 2011

 

Revue présentée par Monique Guillin

 

 d'après un article de Louis Moline


 L'histoire européenne du Yoga n'a pas commencé

« il y a quelques années » mais bien avant.

Abraham  Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805)

fut l'un des pionniers de cette aventure,

et sa vie est bien une aventure.


220px-Anquetil1.JPG 

 

 

 

Abraham  Hyacinthe Anquetil-Duperron fut, avec Eugêne Burnouf, à l'origine des premiers enthousiasmes de l'Europe pour l'Orient indien. Cet être d'exception naquit en 1731 à Paris et s'éteignit en 1805 sous Napoléon 1er, empereur.

 

Jeune étudiant, ne trouvant pas au séminaire d'Auxerre l'enseignement qu'il souhaitait, il partit étudier dans les austères refuges jansénistes qui subsistaient en Hollande. Revenu à Paris, il fréquenta  la Bibliothèque du roi. Il en explora les fonds orientaux déjà importants à cette époque.

 

Il constata qu'il n'y avait aucun manuscrit en vieil iranien. Avec sa connaissance du persan, il souhaita commencer une carrière d'érudit à condition qu'il puisse entrer en possession des textes anciens en langue zend. Ceci, associé à l'appel intérieur et irrésistible du voyage, fut sans doute à l'origine de son étonnante aventure orientale.

 

Une surprenante aventure orientale

 Il avait des protecteurs auxquels il avait soumis son projet (Etienne Silouette, commissaire du Roi auprès de la Compagnie des Indes...), mais il décida de ne devoir qu'à lui-même son entreprise. Comme ses moyens étaient insuffisants, il s'engagea dans l'armée et embarqua pour les Indes à vingt-trois ans. De Paris il rejognit Lorient à pied au milieu de ses camarades dont la grossièreté le scandalisa, il obtint de la gracieuse marine du roi Louis XV, un billet d'aller gratuit. Sa croisière maritime s'achèva à Pondichéry le 10 août 1755, il surprit la petite colonie française par l'ambition de ses projets. A Chandernagor il échappa de justesse à la prise du comptoir par les Anglais et retourna à Pondichéry. Par chance, il y retrouva son frère entré au service de la Compagnie des Indes.

Il parcourut ensuite seul le Kerala pour enquêter sur les communautés chrétiennes et juives qui subsistent dans cette région depuis l'Antiquité. Il remonta vers le Nord, explora  la côte occidentale de l'Inde, traversant de nombreux états,  parfois soupçonné d'espionnage, arrêté, relâché et victime de fièvres difficilement identifiables. Pendant ce voyage, il apprit les langues indiennes, indispensables pour entrer en contact avec les lettrés détenteurs du savoir ancien... Selon lui, une double enquête devait être conduite à la fois sur le terrain et dans les livres.

 Dans ses « Recherches sur l'Inde », publiées en 1786, il écrit : « … Le seul moyen de connaître la vérité est de bien apprendre les langues, de traduire soi-même les ouvrages fondamentaux et de conférer ensuite avec les savants du pays sur les matières qui y sont traitées, le livre en main ».

 

Trois ans après son arrivée en Inde en 1758, Anquetil atteignait Surate, au nord de Bombay où il retrouva son frère. Le port de Surate était un grand centre du commerce de l'Océan indien, habité par une population d'hindous, de musulmans, mais aussi de parsis émigrés de Perse après la conquête islamique et pratiquant la religion de Zoroastre. Sa bonne connaissance du persan lui permit de rencontrer des docteurs parsis. L'un d'entre eux devenu ami lui enseigna l'ancienne langue zend, Il put alors achèter de nombreux manuscrits, dont une copie de leur livre sacré, l'Avesta.

 

L'aventure indienne d'Anquetil prit fin lors de la prise de Pondichéry par les Anglais. Il embarqua sur un de leurs vaisseaux avec une caisse contenant ses papiers et 180 manuscrits. Débarqué en Angleterre, il eut des difficultés pour échapper au statut de prisonnier et pour dédouaner sa caisse de documents. Il arriva à Paris le 14 mars 1762 et déposa à la Bibliothèque du Roi « les ouvrages de Zoroastre et les autres manuscrits ».

 

Il écrit plus tard à propos de son voyage : « J'avais passé huit ans hors de ma patrie et près de six dans l'Inde. Je revenais en 1762 plus pauvre que lorsque j'étais parti de Paris en 1754... Mais j'étais riche en monuments rares et anciens, en connaissances que ma jeunesse (j'avais à peine 30 ans) me donnait le temps de rédiger à loisir et c'était toute la fortune que j'étais aller chercher aux Indes ».

 

Le retour en France et l'écriture

 

A son retour, la Bibliothèque du Roi l'engagea comme interprète pour les manuscrits orientaux. Il rendit compte de sa mission à l'Académie des Inscriptions et belles-lettres et y entra comme membre associé en 1763. Il fut publié de nombreuses fois dans le Journal des Savants.

 Son premier ouvrage d'importance parait en 1771, Zend Avesta, traduction de l'Avesta, où il retrace dans une longue préface la vie de son fondateur, Zoroastre. Au lieu du succès attendu cette publication, imparfaite, fait un scandale qui fit crier à l'imposture.

 Anquetil, convaincu du bien-fondé de son travail et offensé par ces médisances se retira sur ses terres, un petit domaine qui suffisait juste à ses besoins. Laissant passer l'orage, il s'attacha à étudier les précieux manuscrits dont il avait fait l'acquisition.

 

Ce n'est qu'une quarantaine d'années plus tard, en 1801 et 1802, qu'il parvint à publier une cinquantaine d'Upanishad. C'était la première fois qu'un texte sacré de l'hindouisme était révélé à l'Europe savante. Ce texte donnait aux philosophes une excellente ouverture sur la sagesse de l'Antiquité indienne. Afin que la classe des intellectuels puisse lire ces Upanishad, il les traduit en latin, la première publication commença à Strasbourg en 1801.

 

La philosophie d'Anquetil

 

L'expérience indienne avait eu une profonde influence sur Anquetil. Il s'efforça de vivre le reste de son existence, retiré du monde, presque sans ressources. Sa philosophie le conduisit à une idée d'amour universel de l'homme : « Le vrai voyageur, c'est-à-dire, celui qui aimant tous les hommes comme ses frères, inaccessible aux plaisirs et aux besoins, de l'estime et du mépris, de la louange et du blâme, de la richesse et de la pauvreté, parcourt le monde sans attache qui le fixe à aucun lieu ».

 

Champion de la liberté, le citoyen Anquetil refusa de prêter serment à l'Empereur, il fut exclut de l'Académie. Les termes de sa lettre de refus sont exemplaires :

« L'âme que le Ciel m'a donnée est trop grande et trop libre, pour que je m'abaisse et me lie en jurant fidélité à  mon semblable. Le serment de fidélité, dans mes principes, n'est dû qu'à Dieu, par la créature au créateur. D'homme à homme, il a à mes yeux un caractère de servilité auquel ma philosophie indienne ne peut s'accommoder... ».

 Cette lettre fut son testament. Anquetil-Duperron s'éteignit peu après, le 19 janvier 1805.

 

 

Pour plus d'informations sur ce précurseur, on peut lire :

  •   « Un pionnier du voyage scientifique en Inde « , remarquable discours prononcé le 25 novembre 2005 par Pierre-Sylvain Filliozat pour le bicentenaire de la mort d'Anquetil-Duperron lors de la séance de la rentrée de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (texte numérisé sur www.aibl.fr).
  •  « Les Indes florissantes », de Guy Deleury, collection Bouquins, Robert Laffont, 1991 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

Repost 0
Commenter cet article