LES CARNETS DU YOGA- avril 2009

Publié le 28 Août 2009

N° 276 Avril  2009

 

par Dominique Bart

 

Je découvre Michel Vaujour et je voudrais vous le faire connaître à mon tour. Ancien détenu, devenu écrivain et scénariste. Fabienne Godet a réalisé un documentaire sur lui : « ne me libérez pas, je m'en charge » qui évoque une partie de sa vie.

 

« Je ne suis qu'un homme de 58 ans pétri de la magnifique beauté de l'aventure de la vie à la lumière de la conscience, en un temps où le sens, la beauté, la plénitude, que la vie peut  nous offrir, semblent faire de plus en plus défaut. Cette capacité intime est le fruit d'un cheminement de 33 années dans le chemin du yoga ».

« J'avais 24 ans, les aléas de la vie, mon acculturation, et mon sale caractère m'avaient expédié en prison. Mon refus de l'enfermement m'avait emporté dans une succession d'évasions dont le résultat était de me retrouver enfermé au plus profond de l'enfermement. Un quartier de haute surveillance avec ses corollaires, solitude et silence. »

Son apprentissage du yoga se fait en prison pour acquérir de la force et développer ses capacités à se battre « contre » sans aucune morale, ni éthique. A la suite d'une évasion, Il reçoit une balle dans la tête, Il devient hémiplégique. Il fait alors l'expérience du « mourir », c'est ainsi que le yoga se révèle à lui dans sa profondeur.

Grâce aux techniques du yoga, tout particulièrement la technique du voyage de la conscience dans le corps, il  reprend possession de son corps. Mais ce n'est rien dit-il, comparé à la révélation de l'exigence d'unité intime découverte lors de cette expérience du mourir. Une exigence qui depuis lors guide son chemin en toute circonstance. Avec le temps cette ascèse, faite de renoncement de l'ego sans autre objet que l'unité d'être, épure son cœur et l'ouvre tout entier à la joie intime du miracle de la vie.

Il a commencé le yoga avec un petit livre de Philippe de Méric, un des pionniers du yoga, sa seule motivation, optimiser son élasticité musculaire. Immobilisé par une entorse à la cheville, il entre dans les techniques de respiration de base et quelques asanas. L'idée de performance écartée, il se consacre à ce qu'aujourd'hui il considère comme la clé d'un yoga véritable, c'est-à-dire le travail du mental, même si le corps, outil sensitif de ce travail, bénéficie lui aussi de cette approche. Dans la solitude des quartiers de HS, le sentiment de survie, les techniques psychophysiologiques du yoga envahissent très vite le cœur de chaque jour, de chaque heure, de chaque instant : « j'y vivais le yoga ... à très haute dose, dans une quête allant toujours plus loin, ces techniques se révèlent de véritables outils de transformation permettant de se sculpter soi-même... on devient ce que l'on fait quand on le fait de façon très consciente, dans un processus d'ascèse systématique si on est prêt à tout sacrifier, même, et surtout, ce que l'on croit être. »

« Dire qu'on peut emprisonner le corps mais pas l'esprit est faux. Pour le moins, échapper au conditionnement pernicieux de ce monde clos nécessite une hygiène mentale attentive. La solitude imposée de la  HS, le dénuement et le silence dans lesquels l'ascèse du yoga m'a entraîné, ont été ma chance. Cet appel de la liberté qui, en dépit des évasions, ne put guère s'exprimer dans les neuf mètres carrés d'une cellule, s'est exercé d'autant plus fortement dans la quête incessante d'une liberté intérieure dont le yoga m'offrait les  clés. »

« J'avais mené bien des combats tous avaient perdu leur sens une fois gagnés. Restait ce besoin fondamental d'unité découvert dans l'expérience du mourir. Mon cœur m'appelait à tout dépasser, même ce que je croyais être, pour que l'innocence de cet être-là ne soit pas trahie, pour honorer sa confiance. C'est ce que j'ai fait, sans espoir de réussir à renverser le regard de l'administration pénitentiaire et de la justice. Simplement pour moi, pour la paix de mon cœur, pour à terme pouvoir mourir en paix. Ce combat là a été le plus dur de toute ma vie, il a fallu que je détruise ce que j'avais construit en moi, tout ce qui faisait mon identité, c'est alors seulement que je suis entré dans un véritable yoga sans espoir de résultat, de profit, autre que l'unité d'être au plus intime de l'intime. C'est sur ce chemin du Cœur que j'ai commencé à découvrir « les autres », à vivre un état d'empathie... avec le temps, le phénomène s'est développé et j'en recevais une richesse que je n'avais jamais soupçonnée. J'ai la chance d'avoir une profonde conscience de notre mortalité, de la précarité de tout ce qui nous est offert de vivre ; Cette conscience là, illumine la vie et m'en offre sens et plénitude d'être à chaque instant.

Rédigé par Denis Brossier

Publié dans #YOGA

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