L'usage juste des méditations guidées sur Internet

Publié le 25 Octobre 2017

 le journal du Yoga 

N° 186- septembre 2017

 

 

L'apparition de nombreuses méditations guidées sur Internet est un phénomène nouveau : en un sens, cela ne pose pas de problèmes. Mais rappelons-nous que, déjà à son époque, Platon regrettait le développement de l'écrit, par rapport à une relation de maître à disciple étroite, associée à une transmission spirituelle non simplement par des paroles, mais par l'effet de la présence directe.

                                                                            

     Par Pauline Lorenceau avec Jacques Vigne

 

 

 

Le journal du Yoga Que penser de ces outils en ligne ?

 

Jacques Vigne : C'est bien grâce à ses ouvrages qu'actuellement nous connaissons la pensée de Platon, Il ne s'agit donc pas de repousser les nouveaux moyens de communication et d'enregistrement, mais de savoir en faire bon usage.

Un site Internet avec des méditations guidées est informatif et utile pour apprendre à pratiquer ou varier ses méthodes... Cependant il faut considérer l'utilisation de ces méditations guidées comme des parties d'un tout, d'une évolution intérieure qui est étayée par un sens du détachement, du discernement, de la vigilance, de la bienveillance, par des lectures assez larges pour comprendre ce en quoi consiste l'évolution psychologique et spirituelle, ainsi que par la fréquentation de groupes et d'enseignants qui soutiennent et clarifient les difficultés et les confusions. Il ne s'agit pas d'en faire un absolu, mais de s'en servir comme de béquilles pour rééduquer notre sens de l'attention et de l'intériorisation.

 

JdY  Que dit la tradition à ce sujet ?

 

J.V. Dans la tradition, les techniques de méditation ne sont pas isolées, elles sont reliées à ce qu'on pourrait appeler le transfert sur l'enseignant, on parle de dévotion à son égard. Cette notion même explose quand on voit des applications comme, par exemple, « insight timer » qui affiche 1200 enseignants, avec sans doute des critères de sélection plutôt lâches et entre un et cinq millions de pratiquants. Toutefois, le rôle de la recherche traditionnelle de maître spirituel, comme celui d'un éditeur qui sélectionne les manuscrits qu'il publie, est d'offrir une garantie de qualité. Cela n'est guère le cas dans ce processus de massification des méditations en ligne. Cependant, tout cela montre malgré tout un intérêt important pour apprendre la pratique de la méditation.

 

JdY  A-t-on pu mesurer les différentes méthodes d'apprentissage ?

 

J.V. Une étude par des psychologues britanniques a comparé deux groupes qui apprenaient la pleine conscience, l'un de façon classique avec un enseignant en chair et en os, l'autre par des vidéos et explications sur Internet. Après avoir mesuré tous les paramètres comme on peut le faire en psychologie, par des questionnaires et des mesures, ils ont trouvé que les résultats étaient satisfaisants dans les deux cas. Certes, il faut une discipline de base pour pratiquer à partir d'internet, mais aussi pour pratiquer chez soi après des cours avec un enseignant...

 

JdY  Comment choisir parmi les différentes méditations ?

 

J.V. Toutes les méditations ne sont pas faites pour tous les moments : en pratique, nous avons par exemple tendance à osciller entre deux inclinations, la somnolence et l'agitation mentale. Certaines méditations sont stimulantes et seront donc à utiliser en cas de somnolence, et vice versa. Je développe dans certaines sessions de méditations guidées l'ouverture de la narine fermée amenant l'ouverture des canaux d'énergie, phase importante dans le yoga, considérée comme déjà avancée. Une pratique modérée de cette ouverture pourra être une aide importante pour lutter contre la léthargie et donner un meilleur réveil, si ce n'est un éveil spirituel ; mais si la pratique est intensive, il vaudra mieux l'effectuer en solitude et avec la guidance de quelqu'un qui en a vraiment l'expérience.

 

JdY  Quels sont les critères d'évaluation de la qualité d'une méditation ?

 

J.V. Évaluer l'enseignant ou l'enseignante et son niveau de perfection à partir de son comportement dans la vie quotidienne, cela reste la question centrale dans le contexte de la méditation. Dans la tradition de l'hindouisme et du bouddhisme tibétain par exemple, on dit qu'il faut fréquenter un gourou pendant douze ans avant de l'accepter comme tel ! Au fond, ces pratiques de méditation sont là pour nous permettre de devenir de meilleures personnes, et la question se pose de savoir si celui ou celle qui les enseigne est réellement devenue telle. Cette problématique est analogue pour les méditations guidées en ligne, ou pour les livres, et même pour les enseignements oraux dispensés par des prêcheurs religieux connus : on a du mal à savoir exactement ce qu'ils font quand ils ne sont plus sur scène au vu de tous.

 

JdY  Est-il possible de se relier à plus grand que soi dans ce contexte connecté ?

 

J.V. Dans diverses tradition, on dit que lorsqu'un groupe se réunit pour pratiquer ensemble, cela laisse une empreinte positive dans ce qu'on pourrait appeler la mémoire de l'univers. Que ces pratiques puissent être enregistrées et rejouées à distance est un phénomène nouveau, mais on peut raisonnablement considérer que ces enregistrements prolongent un effet positif, qui auparavant était unique dans le temps et l'espace. Notre interdépendance est un phénomène beaucoup plus large qui nous relie en particulier aux pratiquants du passé, ceci est particulièrement vrai quand on pratique dans le cadre d'une lignée bien définie. Cette interdépendance nous relie aussi aux gens à distance dans l'espace. La science a encore beaucoup à découvrir sur les facultés de cette communication à distance !

 

JdY  Y aurait-il des dangers à « consommer » ces méditations en ligne ?

 

J.V. Se faire aider par une méditation guidée enregistrée peut ouvrir de nouveaux horizons, mais cela ne doit pas devenir une addiction... Certes, chaque chose a son ombre, et l'accélération des prises de conscience que permet la mise en réseau, peut mener tout aussi bien à des régressions spectaculaires de la capacité de penser du sujet, comme ces délires collectifs et paranoïas fabriquées de toutes pièces sous forme de rumeurs sur les réseaux sociaux. Il se peut qu'un concept ou une représentation ait un certain succès, mais qu'au fond, ce ne soit pas bon pour l'humanité... Ainsi la vigilance reste de mise.

Pour arriver à naviguer dans toutes ces tendances en allant malgré tout dans la bonne direction, il est important de revenir au bon sens dans la quête du sens. Il est important de revenir aux valeurs fondamentales de vigilance et de bienveillance, comme le disaient déjà les sages chinois Confucius et Mencius il y a deux millénaires et demi, car c'est de ces deux qualités que découlent toutes les vertus.

 

 

                                                                                                Présenté  par Monique Guillin

 

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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