A LA RECHERCHE DE L’ILE DU TANTRA

Publié le 30 Août 2017

 JOURNAL DU YOGA

n° 185 – août 2017

 

D'après un article de Claude Bard, Mathieu et Jean Louis Accarias

Ce dossier est une invitation à aller à la rencontre de P.F. (Pierre Feuga ou Pauvre Fou ! comme il aimait se nommer), celui qui a rêvé sa vit et vécut ses rêves ; celui qui craignait que la spiritualité ne soit une marchandise comme les autres. Personnage hors du commun, libre aventurier, écrivain, chercheur, érudit et professeur de yoga, il vivait le tantra, la non-dualité et la tension vers l’éveil au plus profond de sa chair. Parti en 2008, il nous laisse ses écrits, magnifiques de clarté, d’intelligence et de style.

Laissons parler sa prose et ses éditeurs pour lesquels il reste présent.

Conscience et énergie.

Extraits : Le tantrisme est aussi résolument non-dualiste que l’advaitavedanta. Cependant la connaissance intellectuelle pure, à ses yeux, ne suffit pas à obtenir la Délivrance.

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Jean-Louis Accarias. Il est assurément une « voie du corps » qui est le lieu inévitable de la réalisation spirituelle, en raison de l’analogie entre macro et microcosme qu’est le corps humain : « ce qui est ici est partout, ce qui n’est pas ici n’est nulle part ». Il s’agit ici non seulement du corps « physique » (ou grossier) mais aussi du « corps subtil »…On méconnait souvent en Occident le but du Hatha-Yoga : la maîtrise de ce corps d’énergie et non pas simplement la « santé » ou « le bien-être ».

Présence de P.F.

Souvenir : Samedi matin, je marche pour aller chez Pierre Feuga. Trois heures de yoga, au début je m’en faisais une montagne, qui paraissent maintenant un court et pur moment de bonheur. Avec Pierre, le yoga est simple. L’attention, la présence, la saveur, un minimum de technique, pas d’idée de performance, juste sentir. Pierre parle peu, voire pas du tout, il pointe depuis son silence vers notre intériorité. Méditation, kâpalabhati, enchaînement des postures, mantras, encadrés par le tintement cristallin d’un bol tibétain, sous le patronage d’une statuette représentant Shakti, dans une pièce lumineuse, Pierre savait mettre du sacré et de l’intensité dans le yoga. Pierre Feuga a quitté ce monde il y a 9 ans. Par quelle magie, ces séances sont encore inscrites en moi, comme si j’en revenais ?

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Tradition

Claude Bard. Sans tradition, on ne peut habiter le monde. Pierre en lecteur de Guénon, avait compris qu’il faut s’effacer (il faut que l’ego s’efface » pour être pleinement au monde. Ainsi le rite nu met en rapport avec ce qui nous précède et nous excède. Une séance de yoga est un rituel, n’en déplaise aux tenants de la démocratisation, qui requiert le sacré, le silence, l’intériorité. Pierre fustigeait les modes et le consumérisme et s’en tenait à l’écart.

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Et Pierre Feuga

par Mathieu

…Un yoga qui ne rit pas n’est pas un yogi sérieux ! C’est alors que je lis ceci :

« Il y en a qui 'yamaniyamanisent' du matin au soir et il y en a qui se fichent des yama et niyama. Il y en a qui occupent une heure de yoga avec trois postures et il y en a qui enchaînent 70 postures en une demi-heure. Il y en a qui inspirent de bas en haut et il y en a qui inspirent de haut en bas. Il y en a qui se dopent au kâpalabhati et il y en a qui au bout de cinq respirations prennent un air de héros fatigué. Il y en a qui méditent à l’aube, d’autres le soir, certains tournés vers l’est, certains tournés vers eux-mêmes, et d’autres qui ne méditent pas du tout, et d’autres qui croient méditer. »

Le texte continue sur le même ton, un tendre délire lucide qui se conclut par :

- Oui et ainsi va le samsara et vive Maya qui n’existe pas, si l’on en croit Gaudapada, il y a des hommes qui se prennent pour des yogis et des femmes qui se prennent pour des yoginis, il y a des souris et des hommes, des souris et des yogis, et puis, Shiva-Parvati soit loué, il y a des hommes et des femmes qui ne se prennent pour rien et que le yoga prend dans ses bras et porte doucement, tendrement, et emporte vers là-bas, qui déjà est ici, et c’est si beau alors et c’est si simple le yoga.

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Electron libre dans le monde du yoga, Pierre était peu invité dans les congrès, les assises ; son érudition, sa rigueur mêlée d’un humour décapant inquiétait. Il écrit chroniques et articles avec talent jusqu’au numéro 60 d’Infos Yoga. Au printemps 2008, Pierre me téléphone, il vient d’apprendre qu’il a une tumeur au cerveau, les choses vont aller très vite. Il nous quitte le 10 juin, c’est la première fois qu’il ne me fera pas rire.

 

Présentée par Catherine Poulain Bourdichon

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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