« Rêverie, ennui et cortex préfrontal »

Publié le 5 Avril 2017

Le journal du yoga

N° 180 – février 2017

 

Chronique santé, Dr Lionel COUDRON

« Depuis quelques minutes, vous êtes assis, dans un bon état d'esprit, inspiré des 10 conseils des Yama et des Nyama. Vous avez installé votre posture puis votre respiration et êtes prêt pour l'immobilité. Vous avez décidé de méditer sur la compassion et d'observer vos pensées, votre corps, votre respiration. Vous vous détachez progressivement des stimuli et votre esprit commence à partir, mais déjà votre tête pense à autre chose. »

Oh, pas nécessairement à des problèmes insolubles, ni remords, ni inquiétudes, mais vous n'arrivez pas à vous fixer sur un objet. Cela est normal. Notre cerveau ne s'arrête jamais, les pensées défilent. C'est pour beaucoup de personnes une perte de temps que de s'ennuyer. Il n'y a qu'à observer autour de soi. Dès que nous avons un instant, nous téléphonons, adressons un SMS, regardons nos mails. En clair, nous sommes submergés et la course à la technique ne fait qu'amplifier ce phénomène.

Nous n'avons plus de temps libre. Nous ne supportons plus l'ennui, de ne rien faire dans le train, dans le métro, en voiture...

Ce phénomène de non-repos a été baptisé le mode de fonctionnement « par défaut » suite à sa mise en évidence par l'IRM fonctionnelle dans les années 1990. Ce état consiste en un flot libre de pensées, de souvenirs, de discours intérieurs. Et il est incessant. Ce vagabondage mental ou rêverie éveillée, est un phénomène naturel. En prendre conscience n'est pas si simple. Dès que vous essayez de faire attention à ces pensées, elles s'échappent. Cela a été expliqué par Samllwood et Jonathan Schooler de l'université de Californie à Santa Barbara en 2015 en observant qu'en fait ce sont les mêmes aires cérébrales qui s'occupent de la rêverie et de la conscience de nos processus mentaux. Cette capacité à faire les deux à la fois demande donc un entraînement.

 

Ce qui facilite le vagabondage mental, c'est de n'avoir aucune tâche particulière à faire, ou alors répétitive, la marche, l'absence de stimuli s'y prêtent. Mais dans ces moments-là, votre cerveau ne fait pas « rien », il se laisse à la résolution de problèmes, il assimile ce qu'il a appris, et s'entraîne à trouver des solutions. Il devient plus créatif. Ces moments sont donc nécessaires à notre bon fonctionnement mental, ils nous permettent d'être plus aptes à réagir par la suite.

Si vous êtes sous pression en permanence pour être encore plus efficaces, vous allez au-devant de problèmes. Il faut équilibrer le travail constructif et structuré avec les phases d'ennui, de rêverie, de vagabondage mental.

« Alors, avant de vous endormir ou en vous réveillant, dans un transport ou dans une salle d'attente, profitez-en pour vous laisser aller à la rêverie. Cela n'est en aucun cas du temps perdu. C'est au contraire savoir prendre son temps pour ne pas le perdre ! »

 

Proposé par Catherine Cuney

 

Pour aller plus loin : www.yogatime.fr - www.idyt.com

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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