Au fil des mots sanskrits... . . . Guru et Shishya

Publié le 28 Juillet 2016

 

Les carnets du Yoga

N° 341-novembre 2015

par Liliane Cattalano

 

Il n'est pas de nom sanskrit plus déconsidéré en France que le mot guru.

 

Il n'est pas de nom sanskrit plus honoré en Inde que le mot guru.

 

Sans entrer dans l'analyse des violentes réactions de rejet que ce terme suscite dans les egos occidentaux et français en particulier, il est intéressant d'observer qu'un personnage aussi profondément respecté dans une société puisse éveiller autant de peurs dans une autre.

 

Le mot guru, lorsqu'il est adjectif, signifie lourd, grave, important ; il désigne celui dont la parole et les actes ont du poids, sont ancrés dans la réalité, et donc sont respectés : le maître spirituel.

 

Depuis le temps des Upanishads, la relation maître-disciple est en Inde considérée comme essentielle, c'est elle qui permet à l'adepte d'atteindre moshka, la délivrance, et de s'éveiller à son être authentique, âtman, le Soi. Un des sens du mot upa-ni-SHAD est d'ailleurs « s'asseoir aux pieds de », décrivant la position de l'élève prêt à recevoir l'enseignement.

 

7. Oui en vérité, précieuse et merveilleuse est l'expérience

de l'Atman transmise par un instructeur compétent.

8. L'Atman, lorsqu’enseigné par un instructeur médiocre, est malaisé à comprendre,

car il est saisi de diverses façons par les interlocuteurs. Par contre, lorsqu'il est

exposé par un maître qui s'est uni à son propre Atman, aucun doute ne

subsiste alors. L'Atman, étant plus subtil que l'infiniment subtil,

reste inconnaissable par la méthode argumentative.

Katha Upanishad 1- II

 

Le véritable maître est celui qui transmet ce dont lui-même a l'expérience, il est un jîvanmukta, un délivré-vivant, capable de guider l'adepte vers sa propre réalisation. Et c'est cette relation qu'il faut considérer, car il n'est pas de maître sans élève, pas de guru sans shishya.

 

 

Shishya (racine SHAS) signifie « celui qui doit être éduqué, instruit », et désigne l'élève, l'adepte qui autrefois venait vivre auprès du maître et se consacrait à le servir.

A première vue, on considère que c'est en fait le maître qui choisit d'entrer au service de son (ou ses) disciple(s), renonçant à tout projet personnel pour se dévouer à guider ses protégés jusqu'à l'éveil. En vérité, ces grands maîtres de la vérité spirituelle sont rares dans le monde, mais le monde n'en est pourtant jamais complètement dépourvu. Ils sont toujours les fleurs les plus belles de la vie humaine, « L'océan de compassion sans aucun mobile (Shankarâchârya, Vivekachudamani 33) ». Vivekânanda : Les Yogas pratiques.

 

La façon dont les maîtres enseignent varient à l'infini, en fonction de leur propre expérience comme du degré d'avancement de leur disciple. Au moment juste, une simple parole ou même un silence pourront déclencher une prise de conscience radicale.

 

Le silence du guru est l'instruction spirituelle la plus fracassante,

la plus explosive. Il est aussi la forme la plus élevée de la Grâce.

Râmana Maharshi (Jean Herbert, l'enseignement de R.M.)

 

L'enseignement peut également être une invitation à se défier de toute autorité, qu'elle soit celle d'un maître ou celle que nous imposent les schémas et croyances de notre personnalité. C'est le message de Krishnamurti :

 

Être libre de toute autorité, de la nôtre et de celle d'autrui, c'est mourir

à tout ce qui est de la veille, de sorte qu'on a l'esprit toujours frais,

toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion.

Krishnamurti ; se libérer du connu page 18

 

Peu importent la forme et le contenu de l'enseignement, qu'il soit reçu d'un maître vivant ou non, c'est dans la rencontre que « quelque chose » de l'état d'éveil du maître entre en résonance avec l'aspiration de chercheur spirituel, la nourrit et l'éclaire ; le préalable est l'ouverture et l'abandon de l'adepte à une dimension de soi plus grande que sa personnalité. Alors se révèle en lui la présence de son sat-guru, le maître véritable, le maître intérieur.

 

Ainsi se résout la dualité de la relation guru-shishya,

ainsi s'installe l'état d'unité qui en était le but.

 

 

Proposé par Monique Guillin

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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