Burn out chez les professeurs de yoga, un paradoxe !

Publié le 25 Mai 2016

Les Carnets du Yoga

- N° 346 – Avril 2016

 

Isabelle Morin-larbey nous parle ici d'un article sur les professeurs de yoga aux Etats Unis paru dans le "New York Magazine". Cet article a été publié dans les Carnets du yoga.

par Isabelle Morin-larbey.

Nous avons choisi de publier cet article traduit du New York Magazine pour souligner à quel point des dérives, des contresens, des incompréhensions sont possibles. Et qu’elles peuvent apparaître plus rapidement qu’on ne pense. Le résultat est flagrant :

Au lieu de mener à la « libération des liens qui créent la souffrance », cette façon d’enseigner Made in USA, du moins pour certains, y conduit tout droit.

Au lieu de donner de l’espace, une respiration ample et sereine, l’absurdité de cette façon de concevoir la transmission, disons le clairement de la profession d’enseignant de yoga, génère stress, maladie, angoisse, dévalorisation de soi et burnout : Un comble.

Je parle d’absurdité volontairement. Ne plus être capable d’avoir la force et le recul, d’entendre, de s’écouter, de se donner du champ alors que l’on professe l’inverse, frôle, au choix, la négation de soi, la folie ou la perversité, inconscientes certainement.

Ce procédé mortifère : « toujours plus », « plus vite », « encore plus de rendement » épuise physiquement et psychiquement.

La journaliste souligne le fonctionnement de certains studios, de sites internet, qui, mal digérés, mal compris, produit ce genre de dégâts. Et c’est grave. L’enseignant est utilisé au maximum, puis « jeté » lorsqu’il n’a plus la force d’assurer cette course folle.

Un autre sujet d’étonnement – je suis gentille – surgit au détour de ces lignes : les agents des professeurs de yoga « superstars ». Le culte de l’image et de la célébrité médiatisée à outrance est au rendez-vous. Vous lirez bien : des limousines aux vitres teintées, un luxe hors norme, des honoraires mirobolants… à quand les gardes du corps ?

 

Extrait du magazine new yorkais :

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La brutale économie du marché du yoga. Thérésa Elliott n’était peut-être pas une star du yoga, mais c’était son métier. Elle a commencé à enseigner le yoga à Seattle, il y a 23 ans. Elle a créé son propre studio, a formé des centaines de professeurs, a posé pour la couverture de livres de Judith Lasater, gourou de l’anatomie et pour le catalogue de la marque de vêtements de yoga Hugger Mugger « J’ai investi toute ma vie dans le yoga » dit-elle.

Pourtant, à la fin de l’année dernière, elle a arrêté d’enseigner et s’est reconvertie comme vendeuse en prêt-à-porter féminin dans un centre commercial.

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En effet, le marché du yoga aux Etats-Unis – et c’est le cas pour nombre d’autres secteurs – fonctionne de plus en plus selon le modèle économique de la « superstar » : peu de positions lucratives tout en haut, beaucoup d’aspirants qui s’échinent tout en bas, et un flou artistique au milieu, dont des gens comme Theresa Elliott. « Moi et tant d’autres avons travaillé dur et ce depuis très longtemps. Nous avons créé ce marché, posé ses bases », dit-elle. « Aujourd’hui nous en sommes progressivement effacés. »

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Et comme les cours en groupe sont si peu rentables, les studios comptent désormais sur les formations d’enseignants pour gagner de l’argent. Celles-ci sont généralement intensives, durent environ 200 heures, s’adressent à la fois à ceux qui veulent devenir professeurs de yoga et aux élèves qui veulent s’améliorer, et coûtent plusieurs milliers de dollars.

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Toutes ces formations ont entraîné une "sur-offre" d’aspirants professeurs : « Ils s’y mettent tous et saturent le marché. C’est la dévalorisation du yoga sur tous les fronts ».

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L’histoire de S. Nardini prit cependant une tournure bien différente de celle de T. Elliott. Rétrospectivement, ces années de survie d’un studio à un autre n’auront été pour elle qu’un prélude à l’envol, grâce à internet, de sa carrière. « Les enseignants qui ne sont pas présents sur la Toile se privent, potentiellement des revenus d’un vaste marché de gens qui souhaitent prendre des cours et acheter encore d’autres services en ligne. » Elle ajoute « Tout le monde est gagnant : ils apprennent le yoga, vous gagnez de l’argent ». Elle raconte avoir gagné 275 000 dollars en 2014.

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Voici, de plus en plus, à quoi ressemble aujourd’hui un professeur de yoga américain à succès. « Le yoga est devenu une industrie en se mêlant à l’industrie du fitness », résume L.Kaminoff « Il se fond aujourd’hui dans la culture de la célébrité ».

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Theresa Elliott essaye de prendre avec philosophie les changements sur le marché du yoga, mais ne souhaites pas en être pour autant….Elle suit le conseil d’innombrables yogis qui l’ont précédée : lâcher prise.

 

Proposé par Catherine Poulain-Bourdichon

 

pour aller plus loin : T.K.V. Desikachar, le maître de L. Kaminoff,  fils de T. Krishnamacharya et auteur de plusieurs ouvrages, dont “Heart of Yoga” et “Le Yoga, un éveil spirituel”, dévoua sa vie à transmettre une méthode sur mesure, hautement individualisée, en adaptant les asanas, la pratique et les outils du yoga aux besoins changeants de chacun. “S’il n’y a que ça à retenir de mes études auprès de Desikachar, c’est cette nécessité absolue de respecter l’individu dans son évolution, parce que l’individu est le contexte ultime de cette pratique du yoga,” dit Kaminoff, qui n’enseigne pas d’asanas-types lors des cours collectifs, et propose au contraire une approche du yoga non-standardisée, adaptable et centrée sur la respiration.

 

Rédigé par UCY

Publié dans #YOGA

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