La cloche, outil de retour à la "pleine conscience"

Publié le 9 Septembre 2015

Sources 

n ° 31 - Juillet / Août / Septembre 2015

​« J'écoute, j'écoute ce son merveilleux qui me ramène à ma vraie demeure »

 

Entretien avec Marc Puissant

 

Disciple du maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh, dont il a reçu l'autorisation d'enseigner de Dharma, Marc Puissant nous parle des rappels au divin en usage dans la communauté monastique du Village des Pruniers. A commencer par l'usage de la cloche en tant qu'outil de retour à la « pleine conscience », à cette totale présence qui nous met en accord, ici et maintenant, avec la Vie, laquelle n'existe que dans l'instant.

 

Quelle est la fonction de la cloche au village des Pruniers ?

La cloche à pour fonction de créer des rappels fréquents au cours de la journée, pour nous ramener à la pleine conscience. Quand nous entendons la cloche, nous arrêtons l'action que nous sommes en train de faire, nous respirons trois fois – trois inspirations, trois expirations -, nous revenons à l'instant présent, conscients de notre corps vivant, et nous réunifions le corps et l'esprit qui, la plupart du temps sont séparés.

Dans la journée, la cloche est invitée environ une douzaine de fois. La première cloche sonne à cinq heures, au moment de la récitation du sûtra du matin, et la dernière le soir, avant le coucher. De même pour les rassemblements aux repas, aux méditations assises, aux groupes de parole, à la méditation du travail, à la marche méditative...

 

Ce sont des espaces de temps où il n'y a rien à faire que d'être là,

totalement présent à ce qui se passe en moi – dans mon corps, mes émotions, mes sentiments et mes pensées – et autour de moi. Acceptant avec équanimité ce qui est, je me pose dans mon souffle, je deviens souffle et je sens que « ça respire en moi ». Dans cet espace, nous pouvons toucher notre vraie nature, ce plus vaste que nous. Cela demande un entraînement, que nous commençons à mettre en œuvre particulièrement lors de la méditation assise.

 

Quelles sont les autres formes de rappel pratiquées au Village des Pruniers ?

Le téléphone est pour nous l'équivalent d'une cloche de pleine conscience. Chaque fois que l'on entend la sonnerie du téléphone, on ne décroche pas tout de suite, on revient à sa respiration et on se prépare. Je m'arrête, je souris et je décroche... C'est la même chose lorsque je téléphone à quelqu'un, je me recentre parce que je m'apprête à vivre une rencontre, et une rencontre n'est jamais anodine...

Il y a aussi les rappels que l'on se fixe soi-même. Par exemple, lorsque je monte ou descends l'escalier de mon immeuble, quand je suis debout devant un guichet, ou en voiture à l'arrêt du feu rouge, je reviens à ma respiration, à l'ici et maintenant...

 

De quoi devons-nous nous rappeler ?

Que nous sommes vivants. Pour être vivants, nous devons être complètement présents, ici et maintenant, c'est quitter le passé qui n'est plus, ne pas s'accrocher au futur qui n'est pas encore. La vie n'existe que dans l'instant, et c'est uniquement dans cette fraction de temps que nous pouvons toucher la Présence...

Nous nous rappelons aussi que nous sommes invités à éveiller en nous la bonté, la compassion, la joie et l'équanimité. Si j'observe que j'ai des tensions mentales ou physiques, je respire. Sur l'inspiration, je les accueille avec bienveillance, et sur l'expiration, je les calme, je relâche.

Cette pratique du rappel est aussi l'occasion de voir avec un regard neuf que nous sommes entourés de beauté, de nous émerveiller devant un beau coucher de soleil, un cerisier en fleurs, ou un sourire... La gratitude va toujours de pair avec la perception d'être vivant.…

L'étape suivante consiste à développer en nous l'antidote à l'émotion accueillie. Par exemple, si l'émotion est la tristesse, nous allons mobiliser nos graines de joie et développer ainsi ce potentiel qui est en nous...

 

« Inviter la cloche » demande-t-il des qualités particulières ?

Dans la tradition du zen, il existe une transmission de la cloche. Frapper ou plutôt «  inviter » la cloche ou le grand bol noir est une action qui implique tout notre être.

 

« Corps et esprit en parfaite harmonie,

je vous envoie mon cœur par le son de cette cloche,

 Que tous les êtres vivants qui l'entendent

sortent du monde de l'oubli,

de l'anxiété et de la souffrance, et qu'ils se libèrent enfin

et touchent la paix présente en leur cœur.

 

 

 

propose par Monique Guillin

Rédigé par UCY

Publié dans #Spiritualité-philosophie

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